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Deux jours plus tard, Naïna était de retour, les bras chargés, le sourire grand sur ses lèvres.

- Regarde ce que je t'ai trouvé !

Depuis l'eau, elle déchargea ses bras du tas de vêtements trempés sur la plage.

Loïs s'approcha du petit trésor, étonné.

- Comment as-tu eu ça ?

- Sur la plage, je les ai volés discrètement quand personne ne regardait, annonça-t-elle tout fière.

Le jeune choisit alors une chemise de vacancier détrempée, certes pas à son goût, mais il devait faire avec. Coincé loin de toute civilisation sur une île déserte, il ne pouvait se permettre de faire la fine bouche. Il était déjà bien assez chanceux d'avoir une naïade sous la main qui elle pouvait lui ramener quelques objets, dans la limite du possible.

Son regard fut alors soudainement attiré par un vêtement en particulier.

- Naïna ? appela-t-il en tenant par le bout des doigts une robe. Pourquoi tu as pris ça ?

- Bah quoi ? C'est joli non ? Tu n'en veux pas ?

Après tout, ce n'était pas étonnant que la jeune naïade ne sache rien d'une robe. Le monde sous-marin n'en avait pas besoin.

- C'est un vêtement de femme. Je ne peux pas le porter.

- Pourquoi pas ?

- C'est un vêtement de femme, tu ne m'as pas entendu ?

- Et alors ? Je ne suis même pas sûre de bien savoir ce qu'est le mot "femme".

- Tu n'es pas sûre de... Peu importe, je ne veux pas mettre ça, point.

- Si tu n'en veux pas, moi je la garde cette... euh...

- Robe, finit-il pour elle. Pour quoi faire ? Tu vas la porter sous l'eau ? railla-t-il.

- Sous l'eau, non. Hors de l'eau, oui !

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Qu'est-ce qu'elle racontait encore ? La jeune naïade était très sympathique, mais de par ses origines peu banales, elle tenait des discours parfois incompréhensibles, qu'elle ne prenait pas le temps d'expliquer avec d'autres mots.

- Qu'est-ce que tu veux dire par hors de l'eau ? Les naïades sont faites pour l'eau, pas la terre.

- Eh bien...

Loïs se releva malgré son dos encore douloureux, plus que jamais à l'écoute.

- Je me suis souvenu de cette très vieille légende qui disait que les premières naïades vivaient sur terre, parmi les humains et les dieux, avant qu'elles ne partent toutes vers la mer et que leur queue ne se développe. Alors je me suis dit que peut-être, si je retourne sur la terre, des jambes apparaîtront...

Le jeune homme souffla de désespoir. Ses dires n'étaient basés que sur une légende vieille de on ne savait combien d'années exactement. Rien de concret, aucune preuve que ce soit un tant soit peu vrai, que croyait-elle, avec sa naïveté ? Que des jambes lui pousseraient une fois la terre ferme touchée ? Elle avait autant de chances de devenir humaine que lui naïade.

- Quoi, monsieur je suis jamais satisfait ?

- Ce n'est qu'une légende, tu ne peux pas en tirer de conclusions.

- Et pourquoi pas ?

- Et pourquoi ?

- Parce que les légendes viennent bien de faits, n'est-ce pas ? Allez, à toi de répondre maintenant. Pourquoi pas ?

- Les légendes sont souvent fausses.

- Les légendes mélangent souvent vrai et faux. Les naïades sont bien des légendes dans ton monde, non ?

- Qu'est-ce que tu veux ?

Un sourire illumina le visage de la créature. Elle tendit les bras vers lui.

- Aide-moi à aller sur la terre.

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- Tu es contente ? demanda-t-il, essoufflé.

Transférer une naïade sur la terre n'était pas chose facile. Ne pouvant pas avoir la même mouvance que dans l'eau, elle ne cessait de gigoter, comme si elle voulait quitter le sol.

- Oui, très ! répondit-elle avec le sourire d'un enfant.

- Et ensuite ? Des jambes remplacent ta queue ?

- J'en sais rien ! râla Naïna. Je te dis que la légende parle de naïades avec des jambes, alors peut-être qu'au fond, elles sont toujours là... Faut voir !

- Et à partir de combien de temps tu abandonnes ? Si jamais ça ne marche pas ?

- Je n'abandonnerai jamais ! Je veux devenir humaine !

Pourquoi Naïna ? Si tu deviens humaine, tu resteras sur cette île perdue et ennuyante. Tu ne pourras jamais aller chez les humains, de l'autre côté de l'océan. Ta peau violette les étonnerait beaucoup trop. Rester ici, avec moi ? Qu'ai-je donc fait pour que tu veuilles être à mes côtés ? [aucune idée de pourquoi je suis passée d'un coup en première personne, une envie comme ça]

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La nuit passa, Naïna se réveilla doucement alors que le soleil se levait à l'horizon. Ce n'était que l'aube, pourtant il faisait déjà une chaleur étouffante, une chaleur que la jeune naïade, qui avait vécu sa vie entière dans l'eau, n'avait jamais connu.

De sa main, elle caressait le sable chaud et sec qui se faufilait entre ses longs doigts. C'était une sensation étrange que le sable sec, et à la fois si agréable. Elle avait tant de choses nouvelles comme celle-ci à expérimenter, elle s'en réjouissait d'avance. Enfin... Si elle avait des jambes. Sinon il lui faudrait retourner dans l'océan ennuyant qu'elle connaissait par cœur. Elle avait déjà nagé dans tous les océans du monde, il lui semblait tout connaître de cette vie. Alors que la vie terrestre, elle, lui offrait de nouvelles aventures.

Péniblement, elle se redressa. Elle n'avait pas pour habitude de se relever sur la terre ferme, il lui fallait se servir de muscles qu'elle n'utilisait que peu.

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- Des jambes... souffla-t-elle, impressionnée.

Ainsi la légende disait vrai, les naïades avaient été un jour comme les humains, vivant sur la terre ferme avec des jambes, et cette particularité était restée cachée au fond d'elles, attendant une naïade assez curieuse pour se découvrir des jambes.

- C'est beau...

Elle était bouche bée. Ses jambes à elle n'étaient pas comme celles de Loïs, ou de n'importe quel autre humain. Les siennes étaient recouvertes d'écailles violettes, semblables à celles qui ornaient sa queue. Sûrement un vestige de la naïade qu'elle avait été.

Elle resta des heures durant ainsi, à observer ses jambes nouvelles, sans dire un mot. Elle n'avait même pas appelé Loïs pour le prévenir. Ses premières heures en tant qu'humaine, elle voulait les passer seule. Elle voulait s'habituer à voir ses jambes seule.

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Lorsque le soleil fut plus haut dans le ciel, Loïs arriva enfin sur la plage où il avait laissé Naïna [ouai, lui il la laisse seule sur la plage et se barre dans sa cabane]. Ce qu'il y découvrit le stupéfia.

- Tu...

- J'avais raison ! lança-t-elle ravie. La légende disait vrai !

- Tu en as d'autres des légendes ? Qui pourraient s'avérer vraies, je veux dire.

- Vraies, je n'en sais rien, mais des légendes on en a ! Je pourrais te les raconter, si tu veux. Mais pour le moment, je dois me lever.

Elle essaya de bouger ses jambes, de les contrôler, sans grand succès. C'était nouveau pour son corps, une nouvelle partie à contrôler, à savoir contrôler, ce qu'elle ne savait toujours pas.

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- Prend ma main.

Naïna releva la tête vers la main que lui tendait Loïs et l'attrapa.

- Je vais tomber, Loïs ! hurla la créature violette quand elle fut en appui sur ses jambes nouvelles.

- Je te tiens... fit-il remarquer. 

- Mais je vais tomber ! continuait-elle totalement paniquée. 

- Je te tiens, regarde, tu ne tombes pas.

Elle se calma, regarda ses jambes. Elles ne touchaient même pas terre tant Loïs la soulevait. 

- Il est clair qu'il faut que tu apprennes à marcher... conclut le jeune homme. 

Et c'était à lui que revenait la joie de l'apprentissage. Hystérique comme elle était, il n'avait pas si hâte.

- Je vais te porter jusqu'à ma cabane.

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La naïade observait tout avec une attention toute particulière. C'était la première fois de sa vie qu'elle voyait ce qu'il y avait derrière la plage, c'était la première fois qu'elle allait dans les terres et c'était absolument époustouflant. Les arbres semblaient immenses vus d'en bas, faisaient obstacle à la lumière. Cette lumière était encore plus belle que celle atténuée qui traversait la surface de l'océan et se mouvait au gré des vagues. Cette lumière-là formait un labyrinthe d'ombres sur l'herbe mousseuse de la jungle.

Elle découvrait des fleurs qu'elle n'avait jamais pu voir depuis l'eau, il lui sembla voir un animal fureter non loin. Tout un nouveau monde s'offrait à elle sur cette petite île. Fini les fonds marins qu'elle connaissait par coeur.

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- Comment ça s'appelle déjà, cette chose ? demanda-t-elle, fascinée par la danse des flammes.

- Le feu.

Le feu. On disait beaucoup de choses à propos de cet élément, parmi les naïades. Il faisait partie de nombreuses légendes, certaines racontaient que ça n'existait pas. Encore une légende qui se révélait être vraie.

- Tu peux l'arrêter ?

Loïs se tourna vers elle, un sourcil interrogateur levé.

- Pourquoi ?

- Tout allait bien jusqu'à ce que tu l'allumes. Ça me pique les jambes, ça me fait chaud.

- Tu veux dire que tu ne supportes pas le feu ?

- J'en sais rien, j'ai toujours vécu dans l'eau, et d'après ce que j'en sais, le feu est son inverse, ou un truc dans le genre ! Du coup, c'est peut-être normal que je ne le supporte pas... argumenta-t-elle.

Le jeune homme soupira. Les voilà bien partis, si la naïade ne pouvait pas supporter le feu. Pas de chauffage naturel pour la nuit tant qu'elle serait à proximité, et les repas chauds decraient être préparés loin d'elle. Une sacrée épine dans le pied, à son avis. Peut-être qu'accepter que Naïna vienne vivre avec lui était une erreur. Elle allait lui compliquer bien des choses et sa curiosité allait devoir être satisfaite.

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- Eh, regarde Loïs, je tiens sur mes jambes !

Le jeune homme se retourna violemment, et eut tout juste le temps de se précipiter vers Naïna pour la rattraper avant qu'elle ne heurte le sol à plein fouet.

- Peut-être pas en fait, lâcha-t-elle.

- Ne refais jamais ça. Tu aurais pu te faire mal ! gronda-t-il.

- Tu t'inquiète pour moi ?

- Je n'ai pas besoin de m'occuper d'une naïade blessée, répondit-il au ton malicieux de l'hybride. Tu as changé de vêtements, releva-t-il ensuite pour changer de sujet.

- Elle me va bien, cette euh... robe ! Avoue !

- Au moins tu as quelque chose sur le dos.

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Après s'être assuré que Naïna ne retenterait pas de se lever seule, Loïs alla cueillir les fruits de son jardin naturel. Il avait choisi cet emplacement de l'île pour y faire sa cabane à cause de ça, des fruits à disposition pour se nourrir. Et même si son corps réclamait de la viande, il s'en contentait.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Des fruits, mange.

- Je préfère le poisson.

- J'en ai pas. Il me faudrait une canne à pêche pour ça.

- J'ai absolument aucune idée de ce que c'est.

- Je sais bien.

- Tu pourrais me dire ce que c'est au lieu de me répondre ça !

- On va mettre des heures, tu vas pas comprendre et ça va m'énerver !

- C'est toi qui t'énerves tout seul là !

- Dors, alors.

- J'ai pas sommeil.

- Moi si, bonne nuit.

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Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Loïs se réveilla enfin. Il avait extrêmement mal dormi, ayant dû laisser son hamac à la jeune naïade. Autant dire que le sol était loin d'être confortable, et entendre les centaines de bêtes grouiller autour de lui était pour le moins désagréable. Et dangereux. Dès qu'il aurait recueilli les ressources nécessaires, il construirait un étage, où ils pourraient vivre à l'abri.

- Eh, Loïs, réveille-toi !

- Je suis réveillé, râla-t-il.

- T'aurais pu le faire avant, moi je peux rien faire, je te signale !

- Je vais t'apprendre à marcher, plus vite ce sera fait, plus vite tu arrêteras de râler.

- Je trouverai alors une autre raison de râler ! s'écria-t-elle tout sourire.

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Naïna, plus déterminée que jamais, multipliait les essais, mais ne cessait de tomber dès le premier pas. Ses jambes étaient encore trop nouvelles, semblables à celle d'un nouveau-né et tout aussi frêles. Loïs lui répétait d'attendre, qu'après quelques jours elles seraient prêtes, mais la naïade refusait catégoriquement. Elle voulait apprendre à marcher ce jour-là et pas un autre.

Elle était bornée.

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Lassé, il finit par se rapprocher d'elle et de lui apporter son aide. Elle n'y arriverait pas sans, de toute façon. Il passa son bras autour de ses épaules et agrippée à lui, elle fit un pas, puis un deuxième, enfin.

- J'ai réussi ! s'écria-t-elle, ravie.

- Tu veux que je te lâche pour voir ? railla le jeune homme.

- Rabat-joie, se contenta de souffler la naïade.

Ils marchèrent des heures durant, Naïna s'habituant de plus en plus au poids de son corps, en prenant conscience.

À la fin de la journée, elle ne marchait toujours pas seule, elle alignait avec difficulté quelques pas, mais finissait toujours par flancher.

- Au moins, je fais plus qu'un pas, se réconforta-t-elle.

- On n'apprend pas à marcher en une journée, tu sais, fit remarquer Loïs.

- Mais ça paraît si facile, ni naturel pour toi.

- C'est parce que je fais ça depuis que je suis né, quasiment. Mais ma mère n'a pas mis une journée à m'apprendre.

- Ta mère ? J'ai aucune idée de ce que c'est.

- Quoi ? s'étonna-t-il bruyamment.

- Quoi quoi ? s'énerva-t-elle en retour.

- Comment on ne peut pas savoir ce qu'est une mère, tu plaisantes !

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Elle releva la tête. Au-dessus de la petite île s'étendait un magnifique arc-en-ciel.

- Ça non plus je ne sais pas ce que c'est. J'en ai déjà vu, sous l'eau, près de la surface. Il y a beaucoup de choses que j'ignore.

Oui, pensa-t-il. Et beaucoup de choses que lui ignorait sur elle et son monde.


Ow god, j'ai enfin màjé, on ne l'attendait plus ! Je m'explique, je me suis lancée toute heureuse dans ce challenge, sans avoir réellement prévu le scénar. Du coup ça a coincé légèrement à un moment donné x) Bon, je suis loin d'avoir un scénar qui ressemble à quelque chose aujourd'hui, mais disons que c'est mieux.

Héhé, pleiiin de choses qu'on ne sait pas sur Naïna et les naïades (sérieux, tant de "ï" vont me rendre folle)

Bref, j'ai conscience que ce soit une bouse, mais m'en fous, huhu.

Au revoir *s'envole*