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- Bon, maintenant que tu t'es reposée, tu peux m'expliquer un peu comment... comment fonctionne ton monde, en gros ?

Naïna avait passé la nuit à récupérer les heures d'efforts de la veille, apprendre à marcher n'était pas une simple affaire, elle avait dû utiliser des muscles nouveaux qui demandaient beaucoup plus d'énergie que les autres. Alors quand Loïs, choqué par le fait qu'elle ne sache ce que le mot "mère" signifiait, lui avait demandé comment était son monde, elle savait qu'elle n'aurait pas assez d'énergie pour lui raconter, et était partie se coucher, laissant Loïs avec ses questions.

En se réveillant, Loïs était déjà parti à la recherche de ressources, comme annoncé la veille. Il tenait vraiment à se construire un abri digne de ce nom. Quitte à vivre le restant de ses jours sur cette île, autant s'y sentir bien, dans un semblant de maison.

Il rentra finalement lorsque le soleil atteignit son zénith et trouva une Naïna fraîche et dispo.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? Mon monde est comme le tien, on ne peut pas le résumer aussi facilement que ça.

- Je n'en sais rien, commence par le début, comment naissent les naïades ? Puisque vous n'avez pas de mères...

- Dis-moi déjà ce qu'est une mère, j'y verrais plus clair.

- Tu crois vraiment ? répondit Loïs, sarcastique. Je te connais, tu ne vas pas comprendre, demander plus d'explications...

- Dis-moi ! coupa-t-elle court.

- C'est la personne qui te met au monde, qui prend soin de toi jusqu'à que tu sois grand et sache t'occuper de toi-même. En gros. Ce serait assez compliqué à t'expliquer...

- Comme une khanerm !

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- Une quoi ? répéta le jeune homme, confus.

- Khanerm. C'est un mot de notre langue, ça signifie protectrice.

- Vous avez une langue ? s'écria-t-il.

Il se força à ne pas poser plus de questions. Les explications de Naïna, comme il l'avait prévu, partaient dans tous les sens. La naissance, la langue, les khanerm. Ils n'avaient pourtant commencé la conversation que depuis une minute. Elle avait raison, un monde ne se résumait pas aussi facilement, il aurait besoin de jours entiers pour tout savoir des naïades.

- Évidemment, nous ne sommes pas des humaines, nous avons donc notre langue. Certaines naïades cependant apprennent la langue humaine, je suppose que nous la parlions avant d'aller dans l'océan. Je peux t'apprendre des mots si tu veux ! déclara-t-elle toute enthousiaste.

- Non. Enfin si, mais pas maintenant.

S'ils partaient dans l'apprentissage de la langue des naïades, jamais ils ne s'en sortiraient.

- Io ! Donc en fait une khanerm est une naïade adulte qui s'occupe d'une nouvelle-née.

- Et comment naissez-vous ? Si vous n'avez pas de mère...

Il n'y comprenait rien, comment un être vivant pouvait-il naître sans mère ?

- Nous grandissons dans des œufs qui apparaissent dans les kha, une sorte de nid. Puis nous naissons quand nous sommes assez grandes.

- Mais d'où viennent ces œufs ? demanda Loïs, déconcerté.

Naïna haussa les épaules, en signe d'ignorance.

- Personne ne sait. Ils apparaissent.

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[tiens, j'avais pas fait gaffe que le bras de Loïs traversait le hamac]

Loïs fit la moue. Il ne comprenait pas mieux qu'avant. Aucune naïade ne s'était un jour demandé d'où elle venait ? Ce peuple était décidément peu curieux. Mais ça expliquerait pourquoi Naïna ne savait pas ce que "femme" signifiait. Il ne devait y avoir aucune distinction. Voire pas de naïade aux traits masculins du tout.

- Les légendes disent que les naïades qui vivaient sur la terre naissaient de l'eau des rivières ou des mers, et qu'elles remontaient à la surface. On n'en sait pas plus non plus.

Au moins, le jeune homme avait appris pourquoi la naïade ne connaissait ni le mot "femme", ni celui de "mère". Les naïades étaient de curieuses créatures.

- Bon, maintenant que tu sais ce que tu voulais savoir, on recommence à marcher ? lança-t-elle, plus qu'enthousiaste.

- Je dois m'occuper du jardin avant, j'en ai pour quelques temps.

- Tu pouvais pas le faire ce matin ? dit-elle en faisant la moue.

- Je suis allé chercher du bois, pour agrandir cette masure... maison, corrigea-t-il en comprenant que la naïade ne connaissait pas ce mot. Reste ici, je reviens vite.

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Seulement la naïade n'avait pas envie de rester assise plus longtemps, elle voulait marcher. Elle en avait assez d'être coincée sur ce maudit hamac depuis deux jours. Elle était trop ambitieuse, trop impatiente, Loïs lui avait déjà dit, elle ne marcherait pas avant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Mais elle ne pouvait pas rester assise à rien faire. Il fallait qu'elle essaye, au moins.

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Elle n'eut pas la force d'aller bien loin. Ses jambes encore fatiguées de la veille flanchèrent et elle s'écrasa lourdement sur le sol, attirant Loïs, inquiété par le bruit de sa chute.

- Naïna ! Je t'avais dit de rester assise !

- Loïs...

Ses jambes commençaient à la brûler, elle les sentait devenir de plus en plus sèches, de jour en jour, c'était devenu douloureux. Elles avaient besoin l'eau, elle ressentait le besoin de nager.

- Amène-moi à la plage, s'il-te-plaît, bégaya-t-elle.

Il s'exécuta en remarquant l'air sérieux de la jeune femme. Il passa un bras dans son dos, un autre sous ses genoux et la transporta jusqu'à la plage.

- Dans l'eau, porte moi jusque dans l'eau, s'il-te-plaît, implora la naïade d'une petite voix.

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Il s'avança jusqu'à avoir l'eau à mi-mollet et déposa la jeune femme de sorte qu'elle puisse avoir pied. D'un coup de rein, elle gagna des profondeurs plus raisonnables, coula, essaya de battre des jambes, ses jambes si fragiles et lourdes, si incontrôlables. Elle se sentait bien, pourtant. La douleur lancinante l'avait quittée, ses jambes n'étaient plus sèches, une énergie nouvelle l'habitait.

Puis une sensation familière la parcourut. Elle n'avait plus ces jambes si encombrantes, elle se sentait elle, comme avant, comme une naïade.

- Comment...? souffla Loïs resté sur la berge.

Devant lui, les jambes écaillées de Naïna s'étaient transformées pour devenir à nouveau cette splendide queue de poisson violette. De nouveau, elle était devenue une naïade, une vraie.

La naïade, elle, ne savait que penser. Elle était à la fois heureuse, heureuse de voir que la partie originelle en elle était toujours là, qu'elle était toujours cette créature de l'eau et qu'elle pouvait retourner y vivre, mais elle était aussi anxieuse. Et si elle venait de perdre pour toujours ses jambes ? Et si elles ne réapparaissaient jamais ?

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Elles réapparurent pourtant. Après avoir supplié Loïs se la tirer sur terre, ce qu'il fit une nouvelle fois laborieusement tant sa queue rendait la jeune naïade lourde, celle-ci se sépara progressivement pour former deux jambes violettes. Elle conclut alors qu'elle avait la possibilité de passer d'un élément à l'autre et d'être capable de s'y mouvoir le mieux possible.

Pourquoi ? Comment ? Personne ne savait cela parmi le peuple des naïades. Pour elles, ce n'étaient que légendes, aucune n'avait été assez curieuse pour essayer. Ou aucune n'avait réussi à se hisser sur la terre ferme. Elle se demandait comment un tel secret avait-il pu s'effacer au fil du temps pour ne plus rien devenir, seulement un fantôme du passé. Il y avait tant de choses qu'elle ne connaissait pas de sa propre espèce.

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- Je ne comprends pas...

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? demanda le jeune homme.

- Pourquoi les naïades ont un jour quitté la terre ferme pour vivre dans l'océan.

Il ne répondit rien. Il n'en savait pas plus qu'elle. Lui non plus ne comprenait pas. Pour lui, tout ceci n'était que mystères et mythes, jamais il n'aurait pu croire qu'une créature telle que Naïna vivait quelque part sur cette terre, et pourtant... Il y avait tellement de choses qu'il ne connaissait pas, et l'isolement forcée causé par Kelly n'était pas la seule cause. Durant son exil, il avait appris tout ce que Kelly lui avait caché, c'étaient bien les seuls choses dont il se souvenait, le reste lui échappant toujours.

Non. S'il avait l'impression de ne rien savoir, c'était parce que ce monde était bien plus complexe qu'il ne semblait. Il possédait énormement de choses cachées, que personne ne connaissait. Quelles créatures pouvaient bien vivre ? Ils avaient toujours cru que seuls les humains et les animaux y cohabitaient, pourtant des créatures peuplaient les océans et les mers. Peut-être d'autres peuplaient les forêts, les cieux, les montagnes ou les déserts. Qui pouvait le savoir ?

Tant de secrets que ce monde ne voulait divulguer, mais qu'il voulait connaître.

~*~

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Les jours passèrent et le projet de maison de Loïs commençait enfin à prendre forme. Ce qu'il souhaitait, c'était se trouver en hauteur, à l'abri des bêtes de la forêt, qui leur avaient déjà rendu visite. C'était donc tout naturellement qu'il avait d'abord entreprit de hisser des fondations avec les troncs qu'il avait récupéré, qu'il avait consolidé par des pierres, pour empêcher qu'ils ne bougent. Ce n'était pas de tout repos, surtout qu'il était seul dans cette entreprise, Naïna étant encore incapable de marcher correctement, et encore moins d'aider à la construction.

La vie semblait ainsi se dérouler normalement, si l'on pouvait qualifier la vie sur une île déserte de normale. Mais une nuit, quelque chose vint perturber cette mécanique bien huilée.

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Loïs ouvrit les yeux, intrigué par le bruit feutré qu'il entendait dans la nuit [oui, c'est pas la nuit là, mais j'ai un peu foiré et oui, Loïs dort sur une chaise, plus de budget paraît].

Une créature l'observait de ses yeux jaunes qui luisaient dans l'obscurité. Grâce à la pâle lueur de la lune, il put distinguer sa forme, tout d'abord, puis sa couleur.

Le loup.

C'était lui, le loup, celui qui l'avait mené vers le dehors, qui l'avait libéré de sa mère, celui qu'il avait vu durant son enfance, mais semblait invisible aux yeux de Kelly. Il était là, devant lui, comme s'il avait toujours été là.

Il avait toujours été là, le jeune homme en était persuadé. Il le voyait prendre sa défense contre de mauvais hommes, dans le dehors. Des souvenirs tentèrent de percer le voile noir dans sa mémoire, de se frayer un chemin, ne lui dévoilant que des images floues. Il ne voyait pas la tête de ces mauvais hommes, la seule chose qu'il parvenait à discerner était le loup prenant sa défense, grognant, les crocs découverts.

Comment avait-il pu atterrir ici, sur cette île perdue et introuvable au milieu de l'océan ? Comment pouvait-il se trouver devant le jeune homme à ce moment même ?

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Il se leva, l'animal s'enfuya alors en trottinant tranquillement. Quand Loïs sortit de la modeste cabane, le loup avait disparu, comme envolé. Il n'avait pourtant pas eu le temps de s'enfuir jusque dans la forêt, le jeune homme l'aurait vu, alors où était donc passé cet animal ?

N'était-ce qu'un rêve ? Se pourrait-il ? Qu'il ait rêvé de ce loup si mystérieux ? Non, il avait entendu ses pas étouffés par le sol mousseux, sa respiration lente et bruyante, il avait vu ses yeux le fixer. Il avait été là. Il en était sûr. Cet animal... Il ne comprenait pas quel lien il possédait avec lui, mais il y en avait un.

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Les jours suivants cette mystérieuse vision, le ciel s'assombrit dangereusement au-dessus de la petite île, reflétant à merveille l'état dans lequel était plongé Loïs. Des jours qu'il essayait de comprendre quel était cet animal et ce qu'il lui voulait. Comment il avait pu arriver ici, sur cet petit espace de terre qui se tenait seul entouré d'une masse considérable d'eau. Comment il avait pu disparaître sans qu'il ne le voit partir. Comment tout ça pouvait être possible. Des jours qu'il cherchait des réponses, sans en trouver la moindre, pas même une piste.

Il avait même fini par ignorer totalement ses projets et Naïna, qui s'exaspérait de plus en plus de le voir ainsi. Il ne lui parlait quasiment plus, ne l'aidait plus à apprendre à marcher, elle passait ses journées à essayer elle-même, échouant lamentablement, se fatiguant inutilement, blessant ses jambes encore trop fragiles.

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- Loïs, j'en ai assez ! tonna-t-elle. Apprend moi à marcher !

- Je te l'ai déjà dit, je n'ai pas envie ! répliqua-t-il d'un ton irrité.

Lui aussi en avait assez qu'elle le sollicite sans arrêt, interrompant ses pensées. Ne voyait-elle pas qu'il voulait être seul un moment, qu'il voulait réfléchir ?

À l'instar de sa mère obsédée par Amarok et sa disparition, Loïs avait une véritable obsession pour ce loup. Comme elle, il s'éloignait de plus en plus de la seule personne qu'il avait à ses côtés, arrivant presque au point de non-retour.

- Emmène moi dans l'eau, alors, s'il-te-plaît.

C'était bien la seule chose qu'il acceptait de faire sans réellement rechigner, puisqu'il en allait de la vie de la naïade. En soufflant, il souleva le jeune femme et l'emmena comme elle l'avait ordonné jusqu'à l'eau.

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Comme à chaque fois, ses jambes redevinrent la queue caractéristique aux naïades. Comme à chaque fois, elle nagea tranquillement quelques minutes.

Seulement cette fois, elle alla plus loin. Elle alla en ligne droite vers l'horizon, à une vitesse vertigineuse. Elle ne se retournait pas.

- Naïna ? Naïna ! Reviens, Naïna !

Revenir, sûrement pas. Qu'il fasse sa crise seul sur son île. Reviendrait-elle un jour, elle n'en savait rien. Pour le moment, elle quittait l'ambiance et le temps moroses de l'île, sans certitude de retour.


Naïna se rebarre, wouhouuuu ! La légende raconte qu'un jour elle restera.

Sinon, deux mois sans màjs, alors que j'avais les photos. Je me suis concentrée sur d'autres projets. Mais j'avais envie de màjer aujourd'hui, même si c'est pas génial.

J'espère màjer plus vite ensuite, même si j'ai pas beaucoup d'avance niveau photos, j'ai vraiment envie d'avancer !

Merci beaucoup pour votre patience, je ne la mérite même plus, et merciiii pour vos visites, regardez, on a dépassé les 40 000 c'est juste hallucinant, c'est... nom d'un pompon, c'est hallucinant.

Love ♥