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La tempête dura deux semaines, le ciel semblait exprimer son mécontentement quant au départ de Naïna. Il semblait dire au jeune homme qu'il avait fait une erreur,  que jamais le ciel au-dessus de cet îlot ne retrouverait sa couleur bleue claire. Seul, incapable de sortir de son abri par un tel vent accompagné d'une pluie diluvienne, condamné à y rester terrer jusqu'à sa mort. 

Puis un jour, les gouttes de pluie tombèrent à une cadence plus saccadée, elles s'espacèrent, moins violentes, plus fines. Les nuages accordèrent au soleil la possibilité de colorer le ciel, de l'illuminer un peu, lui qui avait était si sombre ces deux dernières semaines.

Comme sorti d'une hibernation, Loïs émergea de sa cabane et entreprit de reprendre le travail qu'il s'était vu obligé de mettre de côté, à savoir la construction de sa "maison". Il avait déjà amassé beaucoup de ressources nécessaires et put rapidement se mettre au travail, bien content de ne pas être dérangé par Naïna pour de futiles raisons.

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Un mois passa ainsi, où il trima sans relâche à assembler les branches, les feuilles, à créer une corde sommaire, à fabriquer des meubles comme il le pouvait, essayant de se souvenir ce dont on avait besoin dans une maison "normale", bien qu'il n'en ait jamais vraiment eu.

Il avait même construit de quoi vivre à deux, au cas où Naïna aurait l'envie de revenir, même s'il ne le méritait pas vraiment. Il devait l'avouer, il n'avait pas été correct avec la naïade en l'ignorant pendant des jours. Mais ce loup. Ce loup hantait ses pensées, sans qu'il puisse l'en empêcher. Aucun doute, c'était celui de son enfance, celui que sa mère n'avait jamais réussi à voir alors qu'il était devant elle. Ce même loup qui l'avait emmené vers le dehors et qui l'y avait accompagné, à en croire les apparences.

Mais c'était impossible. Comment ce loup, depuis Lucky Palms, avait-il pu se retrouver sur cette île introuvable, perdue au milieu des eaux ? Il n'avait pu nager jusque là, un animal n'en aurait pas la force, et Naïna n'avait jamais sauvé le moindre loup, seulement lui.

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L'ennui arriva très vite. Ainsi que la solitude. Jamais il n'avait remarqué à quel point cela pouvait être pesant d'être seul, à quel point être naufragé sur une île déserte pouvait être pénible. Avant, il y avait Naïna... Même si elle était agaçante avec ses questions, elle rendait la vie sur cette île plus agréable. Et n'était-ce pas normal d'être agaçante et curieuse lorsqu'on découvrait un monde nouveau ? Ne l'avait-il pas été enfant quand sa mère l'empêchait de découvrir le dehors ?

Il avait été injuste, il avait fait une erreur, et il était désormais trop tard. Elle ne reviendrait probablement jamais.

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Il décida alors de s'occuper de son jardin de fortune, qui donnait par chance beaucoup de fruits. Sa principale alimentation lui venait de là, quand il n'essayait pas d'aller plus profondément dans la jungle pour trouver d'autres choses à manger.

Il avait également repéré des traces d'animaux divers dans la terre, sans jamais les voir pour autant. C'est pourquoi il pensait à créer des pièges pour tenter de les attraper. Il avait tant besoin de viande fraîche, à l'instar de sa mère. Il n'en pouvait plus des fruits.

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Lorsqu'il remonta avec sa récolte du jour, la cabane de fortune n'était pas vide. La naïade partie depuis maintenant des semaines se trouvait là, assise sur le hamac fabriqué il y a bien longtemps déjà. Elle regardait le jeune homme monter à l'échelle, cette même échelle qu'elle avait eu énormément de mal à monter dix minutes plus tôt. Ses jambes n'étaient pas préparées pour une telle escalade.

- Na... Naïna ? bégaya-t-il, anxieux que ses yeux ne lui jouent un mauvais tour. Le manque de viande lui faisait tourner de l'œil par moments.

Elle ne répondit pas, trop embarrassée, peut-être. Des semaines qu'elle avait quitté l'île, laissant Loïs seul, sans certitude de son retour. Il l'avait mérité, mais elle avait été dure.

- Je suis désolée... souffla-t-elle finalement en triturant ses doigts.

- Comment... comment es-tu montée jusqu'ici ?

Après des semaines, c'était tout ce qu'il trouvait à dire. Mais la dernière fois qu'il l'avait vu, la jeune naïade ne savait marcher qu'à peine, alors traverser la plage et grimper à une échelle ? Il ne comprenait pas.

Alors pour lui montrer, elle se leva sans réel effort. Elle tenait debout, sur ses deux jambes qui ne tremblaient plus sous son propre poids.

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- Je ne suis pas vraiment partie en fait... Après quelques jours, j'ai voulu revenir, mais je ne voulais pas être un fardeau pour toi, alors je suis allée de l'autre côté de l'île, où je savais que tu n'irais pas. Et j'ai pratiqué sans relâche la marche, jusqu'à ce que mes jambes me soutiennent sans l'aide d'un appui.

Elle regarda de nouveau le sol, confuse. Elle s'en voulait de l'avoir inquiété alors qu'elle n'était qu'à quelques centaines de mètres de lui.

Naïna... Elle n'avait jamais quitté l'île, elle avait toujours été là, si près. Et aveuglé par ses pensées, par ses projets, il n'avait pas su la voir. C'était lui le plus désolé dans l'histoire. Lui qui n'avait pas été correct.

- Au moins tu as pu construire ce que tu voulais sans que je t'embête, releva-t-elle avec un sourire.

Elle embrassa la pièce d'un regard. Il avait fait un travail remarquable pour un homme seul et naufragé sur une île déserte. Les légendes disaient toutes que les mortels ne savaient plus vivre avec la nature et ce qu'elle leur offrait depuis le massacre, mais apparemment, toute communion n'avait pas été perdue.

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Après les retrouvailles et une sommaire et brève visite de la cabane, Loïs décida de présenter à la naïade son nouveau projet, créer un point d'eau et fabriquer des tuyaux et une pompe pour permettre l'arrivée d'eau dans l'abri sans avoir à faire de réserves à l'avance. 

Naïna eut du mal à comprendre le principe, pas du tout familiarisée avec ce type d'installation. Alors patiemment, le jeune homme lui expliqua, sans perdre son calme face à ses nombreuses questions. Il avait déjà fait l'erreur de perdre patience, il ne le ferait pas deux fois. La solitude était trop pesante pour qu'il se permette de la perdre.

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La routine s'installa alors très vite. Avec la construction d'un abri permanent et solide, la vie se répétait jour après jour, semaine après semaine. Mais la seconde raison pour laquelle ils vivaient ainsi était la peur de l'hiver. Naïna n'avait su dire quand il arriverait, s'il arriverait un jour. Alors les deux profitaient des beaux jours tant qu'ils duraient pour planter de nouvelles graines, récolter et faire des réserves. Naïna, quand elle allait hydrater ses écailles, ramenait même du poisson, qu'ils ne pouvaient malheureusement pas stocker, à défaut d'avoir un réfrigérateur ou du sel.

Malgré ce poisson qui faisait office de viande, Loïs rêvait de viande rouge. Il avait fini par construire son piège, mais un animal ne s'y prenait qu'en de trop rares occasions. Les autres parvenaient à s'échapper, la faute au piètre mécanisme de l'objet.

Il attrapa même un jour un perroquet, à qui il décida de construire un perchoir, peu enclin à manger un oiseau. Ce nouveau compagnon restait avec plaisir avec les deux jeunes gens et s'amusait à répéter ce qu'ils disaient lorsqu'ils passaient à son niveau, chose qui agaçait au plus au point la naïade, qui ne rêvait que de voir cet oiseau de malheur disparaître.

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Plusieurs fois, Loïs se surprit à observer la jeune naïade lorsqu'elle travaillait dans le jardin, qu'elle s'énervait contre le perroquet ou qu'elle s'amusait, candide, à observer un papillon voleter. Il s'était fait à sa peau violette, à ses cheveux parsemés de mèches bleutées, à ses étranges nageoires qui remplaçaient ses oreilles. Au fond, elle n'était pas si différente de toutes les autres humaines, avec ses petites yeux tombants, son nez qui remontait légèrement et ses lèvres fines. Ses caractéristiques de naïade ne la rendait que plus belle encore.

Il ne s'étonnait pas vraiment de ces pensées. Après tout, ils n'étaient que les deux sur cette île perdue entre les eaux, les deux à se côtoyer du matin jusqu'au soir, dans un semblant d'entente, les caractères de l'un et l'autre étant assez chaotiques lorsqu'ils se retrouvaient ensemble.

Il s'était attendu à ce que des sentiments, forts ou non, finissent par naître de son côté, en les redoutant plus que tout. Il commençait à connaître les naïades et leur mode de vie désormais, et il savait que le concept d'amour n'existait que pour l'amitié, jamais plus. Les naïades étaient des créatures qui ne tombaient jamais amoureuses, qui n'avaient pas la moindre idée de ce que cela voulait dire. Et qu'importe ses sentiments, ils ne seraient jamais partagés. Mais, incapable de s'en empêcher, il aimait la regarder silencieusement s'émerveiller sur le petit monde que l'île était.

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Naïna ne se doutait d'absolument rien. Dans ce monde, elle ne savait rien, innocente et naïve. Son interprétation avait été que Loïs était devenu plus gentil, peut-être.

Tous les soirs, quand ce dernier éteignait enfin ce feu qui blessait les jambes de la naïade, elle venait le rejoindre autour du foyer encore chaud. Elle lui apprenait alors sa langue, ou lui contait des légendes de son peuple.

- No ka khalyska.

- No... Khalyska ?

- Non. No ka khalyska. C'est comme ta langue, tu as besoin d'un verbe. Je parle la langue mortelle. No ka khalyska. Non pas "je la langue mortelle".

- No ka khalyska.

- Tu as un accent vraiment amusant, se moqua-t-elle. Mais c'est ça. Tu peux aussi dire "ka khalyska", si tu veux.

- Comment ça se fait que vous connaissiez notre langue, alors que vous avez la votre dans l'océan ?

- Les légendes racontent que nous avons toujours parlé notre langue mais qu'il y a bien longtemps, nous nous côtoyions, tellement que nous avons fini par apprendre la votre.

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- Et les légendes racontent aussi comme nous avons fini par ne plus nous côtoyer ?

La mine de la jeune naïade s'attrista. Oh oui qu'elle connaissait cette légende, cette légende qui n'était malheureusement que réalité. Toutes les créatures non-mortelles la connaissaient, seuls les mortels avaient bien voulu l'oublier, ou s'étaient forcés à le faire pour ne pas être écrasés sous le poids de leur propre conscience.

- Je ne pense pas que tu veuilles l'entendre. Ce n'est pas une jolie histoire.

Mais le jeune homme insista, bien qu'il se doutait que l'histoire en question ne s'était pas bien finie. Il voulait savoir comment son peuple avait bien pu oublier celui des naïades, ces créatures pourtant si intéressantes et inoffensives. 

- Les mortels nous ont massacrées.


Vous avez vraiment cru que j'allais vous donner toutes les réponses, hein ? Et bah na, le pourquoi du comment du massacre, faudra attendre :3

Sinon, oui, j'invente ma propre langue, et c'est juste génial à faire en vrai, fufufu (même si c'est super galère).

Et je suis désolée d'avoir mis aussi longtemps à màjer, mais si la moi avait été intelligente, elle aurait fait son scénar avant de commencer l'histoire.

Vous nem ♥