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Les tempêtes tropicales ne semblaient plus vouloir quitter l'île depuis des semaines. Les arbres avaient même pris une teinte orangée, des feuilles étaient tombées à terre et Loïs y reconnut les signes de l'automne. Mais leur situation exotique rendait les pluies plus fortes que celles qu'il avait connu à Lucky Palms, si bien que les deux naufragés furent obligés de rester à l'intérieur la plupart du temps. Seule Naïna quittait de temps à autres leur abri de fortune pour plonger dans l'immensité de son océan natal pour s'y hydrater et trouver à manger. Le jeune hybride, lui, s'occupait du toit qui supportait plus ou moins bien les violents assauts de la pluie. Comme s'il avait que ça à faire de ses ressources...

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Peu désireux de se laisser faire par les éléments qui semblaient contre lui, il continua à agrandir sa maison lentement et prudemment. Il avait travaillé lorsque la pluie s'était calmée quelque peu, plantant des poteaux, les consolidant de pierres, pour y ajouter un sol. Il mit énormément de temps avant que la nouvelle aile de la maison soit terminée, bien plus qu'il ne lui en avait fallu pour construire la première, mais il y parvint. Quand le sol fut enfin sec, il y installa un établi improvisé où il put travailler l'argile trouvée sur l'île à l'abri, espérant façonner des objets pour améliorer leur quotidien encore assez précaire. Il comptait également travailler d'autres matériaux qu'il irait chercher à la fin des intempéries.

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Il fallut encore quelques jours à la nature pour éloigner les nuages chargés d'eau de l'île et laisser le soleil réchauffer faiblement l'endroit. L'air restait néanmoins humide et le sol gorgé d'eau. Mais Naïna supportait très mal le froid ambiant, bien que les températures ne soient pas si basses. S'il existait des naïades fréquentant les mers froides du nord au corps adapté, plus gras, tel celui des phoques, le corps de Naïna était celui d'une naïade qui passait sa vie entière dans les eaux chaudes des tropiques. Elle n'avait jamais été exposée au froid.

Alors quand elle n'était pas dans l'eau, elle restait prostrée sur le lit, se frictionnant régulièrement les bras, se plaignant quand Loïs passait par là. Toujours, il l'ignorait.

- Que veux-tu que j'y fasse ? demanda-t-il une fois pour qu'elle interrompe ses jérémiades, passablement agacé.

- Je ne sais pas, réchauffe-moi, répondit-elle avec toute son enfantine innocence.

Le jeune homme soupira. Comme s'il n'avait que ça à faire... L'amélioration du quotidien était une tâche à plein temps, il n'avait pas le temps de réchauffer une naïade. Mais elle semblait si frêle, si fragile dans son petit corps recroquevillé contre lui-même, attaquée par le froid. Elle était une enfant qu'il devait protéger, il n'avait pas le droit de la laisser ainsi tremblante.

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Il s'installa sur le lit avec elle et cette dernière se colla contre lui, profitant de la chaleur de son corps. Il avait de la chance lui, d'être à moitié loup. À l'instar d'une fourrure, sa peau était chaude et le protégeait du froid contrairement à sa peau à elle, si fine et sensible.

- Ça va mieux ? s'enquit-il.

La naïade ne tremblait plus, elle hocha frénétiquement la tête.

- Parfait.

Brutalement, il se leva, laissant la jeune femme qui s'appuyait sur lui tomber sur le matelas dans un geignement plaintif.

- Mais je vais avoir froid ! gémit-elle.

- Je reviendrai, promit-il dans un souffle.

Il n'aimait pas être trop proche d'elle. Il sentait ses sentiments devenir de plus en plus forts et l'envie de s'emparer de ses lèvres de plus en plus tentante au fil des jours et il craignait qu'une pulsion incontrôlée et incontrôlable n'effraie la créature violette. Elle n'était pas plus qu'une enfant dans ce monde, non-initiée à la notion de l'amour. Elle ne comprendrait pas, ne saurait interpréter un geste trop brusque.

Elle hésita. Elle ne voulait pas qu'il parte, elle en avait assez de le voir trimer toute la journée, elle en avait assez de le voir s'éloigner d'elle si brusquement, comme si elle était fautive. Elle n'avait rien fait, hormis avoir froid.

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- Tu es étrange en ce moment, lâcha-t-elle enfin avant qu'il ne quitte la pièce.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu me fuis. Quel est le problème avec moi ?

- Le problème Naïna, c'est que je crois être amoureux de toi.

À quoi bon le lui cacher, elle ne comprenait pas ce que ça impliquait. Ce n'était que non-sens de se sentir gêné de tels sentiments avec elle, qu'elle le sache ou non ne changeait en rien leur relation.

- On fuit les gens lorsqu'on les aime ?

- Parfois. Chez les mortels c'est un sentiment que l'on cache la plupart du temps, de peur de l'autre.

Les mortels étaient une curieuse espèce. Si contrairement à de nombreuses autres créatures qui les détestaient elle essayait de les comprendre, elle n'y parvenait pas toujours. Quel était donc le but cherché dans la dissimulation de sentiments ?

- Est-ce que je suis amoureuse de toi ?

Elle n'en savait rien. Comment était-on lorsqu'on était amoureux ? Quelle différence avec l'attachement ? Car attachée à cet hybride elle l'était. Elle l'était bien trop maintenant pour quitter l'île. Mais possédait-elle ces sentiments qui la fascinaient ? Les naïades n'étaient pas faites pour aimer de cet amour, pouvaient-elles seulement le ressentir ?

- C'est à toi de le dire, répondit-il avec compassion. Toi seule le sait.

Elle abaissa le regard, déçue et confuse. Elle n'en avait pas le moindre idée. Elle aurait cru qu'il pourrait la guider pour le savoir.

- Je peux... essayer quelque chose...? dit-il avec une hésitation. Tu me promets de ne pas avoir peur.

- Je n'ai peur de rien, assura-t-elle en relevant le menton.

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Loïs laissa son corps se pencher sur celui si petit de Naïna. Il entoura son visage de ses mains brûlantes, elle frissonna et il s'empara de ses lèvres. Elles étaient légèrement salées comme l'océan dans lequel elle avait baigné toute sa vie. Elles étaient douces et engourdies, se laissaient faire, inexpérimentées. La chaleur qui émanait de Loïs enveloppa leurs deux corps, celui de Naïna s'embrasait presque, mais après le froid qu'elle avait enduré, elle ne s'en sentait que bien. C'était cependant une chaleur différence de celle de l'air en plein été, celle-là venait d'au fond d'elle, apaisante et agréable. Son corps et son esprit bouillonnaient, ressentaient des sensations nouvelles qu'elle voulait dorénavant toujours ressentir. Peut-être était-ce ça l'amour.

Elle frémit lorsque le contact fut coupé, le souffle court, elle se souvint qu'elle devait respirer. L'air devint de nouveau glacial, il lui brûlait la gorge.

Elle était parfaitement consciente que leur baiser n'aurait pu durer éternellement, mais elle l'aurait sincérement voulu.

- C'est ça aimer ? questionna-t-elle quelques secondes plus tard.

- En partie.

- J'aime beaucoup. Je crois que je suis amoureuse de toi, annonça-t-elle d'une innocente franchise.

Un triste sourire déchira le visage del'hybride. En était-elle vraiment sûre ? Il ne pouvait connaître quelle avait été son véritable ressenti durant le baiser, avait-elle seulement aimé le contact de leurs lèvres ou avait-elle ressenti plus ? Comment pouvait-elle faire la différence ou tout du moins, comment pouvait-elle l'exprimer ? Elle ne connaissait rien de tout ça.

Il se mordit la lèvre, se maudissant, lui et ses questions inutiles qui le tracassaient sans cesse. Elle souriait, était heureuse et prête à rester à ses côtés alors qu'importe qu'elle ressente la même chose ou non. Elle ne le pouvait pas, son amour était inexorablement différent, incompréhensible, mais pas inexistant. Et c'était tout ce qui comptait. Pas de questions à se poser. Que des réponses.

Il l'embrassa de nouveau. Ses travaux attendraient. Elle murmura.

- Nakhasa.


J'ai rendu Naïna si innocente dans ce chapitre, je me demande si je ooc pas un peu ._. Bon après c'est un sujet qu'elle connait pas du tout, donc c'est un peu normal, mais je sais pas, c'est étrange.

Bref, le Loïna avance enfin. Font toujours pas de bébés, mais on avance \o/

Et Loïs aime les questions. C'est son véritable grand amour. Il ne peut pas vivre sans.

C'est un peu court d'ailleurs, mais disons que c'est mieux que rien.

À vos suppositions, que signifie nakhasa ? c: