Précédemment : Le Loïna avance, Loïs avoue ses sentiments et Naïna les accepte.


 

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Ces derniers temps, les animaux les plus présents sur l'île étaient sortis de leurs cachettes dans les bois pour venir s'aventurer plus près des deux nouvelles créatures qui s'étaient installées il y avait maintenant plusieurs mois de ça, de longs mois qui s'étaient presque étirés en une année. Si au départ elles n'avaient osé venir trop près de cet étrange amas de bois et de feuilles qui s'élévait dans les airs à cause du prédateur qui y rôdait, les biches avaient finalement compris qu'elles ne risquaient rien la nuit.

Jamais on n'avait vu le prédateur chasser dans la forêt, mais on savait qu'il était là. Son odeur ne pouvait le trahir. C'était un loup. Et un loup chassait les biches, elles en étaient parfaitement conscientes. Mais avec cet hostile animal vivait une toute autre créature, une fille de la nature qui les attirait malgré elle. Elle n'empestait pas la peur, elle semblait même au contraire rester avec le prédateur de son plein gré, ce que les biches ne comprenaient pas. Il pouvait à tout instant la dévorer.

Alors elles venaient, en essayant d'attirer la créature violette pour la sauver, mais jamais elle ne venait. Elle préférait rester dans l'antre de la bête.

Naïna ne sortait presque plus de leur cabane, totalement frigorifiée, hormis pour s'hydrater dans son océan natal. Si elle n'avait pas été aussi attachée à Loïs, elle serait repartie pour des eaux plus chaudes, au lieu de rester à attendre le retour des jours chauds sur cette maudite île.

Ce qui la dérangeait énormément, c'étaient justement ces jours chauds qui ne revenaient pas. Pourtant, à cette période de l'année, il devrait déjà faire une chaleur à crever et le soleil serait si bien installé dans le ciel qu'il ne s'en irait que pour quelques heures seulement. Mais là, il semblait les avoir totalement abandonnés. Les nuits précédaient et suivaient les nuits, les ciels diurnes ne se composaient que de nuages sombres et lourds de pluie. L'automne et l'hiver ne semblaient pas être partis alors qu'ils le devaient désormais. Au fond d'elle, Naïna sentait que quelque chose n'allait pas. Les saisons ne changeaient pas de cette façon aussi radicalement.

Mais qu'y pouvait-elle ? Rien, absolument rien. Elle ne pouvait qu'attendre à l'intérieur que les saisons décident enfin de reprendre leur cours normal, ce qu'elles ne feraient sans doute pas. Elle le savait, instinctivement. Les choses avaient changé et rien ne reviendrait comme avant.

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Un jour où Loïs était de sortie dans la forêt pour récupérer du bois dont il avait besoin pour ses projets, les biches apparurent immédiatement, fuyant leur abri menacé par le loup. Loup étrange, d'ailleurs, car il se mouvait sur deux pattes et son corps étaient couverts de tissus à la place de poils. Mais son odeur ne trompait pas. C'était un loup. Et par chance cette fois-ci, la créature violette se montra. Elle avait envie de nager aujourd'hui, même s'il lui fallait affronter la pluie battante. Elle ne se calmerait pas de toute manière.

Le regard de l'animal se posa sur elle dès l'instant où elle descendit l'échelle, et elle ne la quitta plus des yeux. Le prédateur n'était pas là, la naïade était enfin sortie de sa tanière, c'était le moment. Lentement, la biche s'approcha et Naïna l'aperçut du coin de l'œil. Ne souhaitant pas lui faire peur, elle se tourna doucement, sans savoir que l'animal n'aurait jamais peur. Elle n'était pas une mortelle mais une créature, une fille de la nature.

La biche laissa la naïade lever son bras et tendre sa main vers son museau et quand les deux auraient normalement dû se rencontrer, l'animal fit un bond et s'enfuit dans la direction opposée, espérant l'entraîner à sa suite, ce qu'elle fit.

- Natè !

Elle s'élança à sa poursuite, oubliant totalement ce qu'elle voulait faire à la base, s'enfonçant dans la forêt.

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Lorsque le jeune homme revint de sa journée, trempé jusqu'aux os et épuisé, il n'avait qu'une envie, se coucher. Mais Naïna avait prévu autre chose pour lui en n'étant pas à la maison. À cette heure, elle aurait dû être rentrée, même si elle était allée nager. Quand elle partait plus longtemps, elle le prévenait toujours.

- Et merde, jura-t-il entre ses dents.

Il renonça à son repos, de mauvaise grâce. Il avait tant sommeil, mais il ne pourrait dormir tranquille sans savoir la naïade en sûreté.

 

Le cœur battant à tout rompre, il sortit sous la pluie, maudissant cette horrible saison de n'avoir aucune fin. Il en avait assez de la pluie, de ne pouvoir sortir sans être fouetté par les gouttelettes à la seconde même où il quittait la sécurité de son abri. Assez de devoir réparer ledit abri contre les intempéries. Depuis quand n'avait-il pas été sec ? Depuis quand respirait-il cet air humide, trop humide ? Il en avait assez.

L'île était grande, il ne l'avait encore jamais explorée en entière. Naïna avait même réussi à vivre un mois simplement de l'autre côté sans qu'il ne le remarque. Elle pouvait être aujourd'hui n'importe où. Quelle folie l'avait conduit dans la forêt alors que la pluie s'abattait toujours plus durement ? Les décisions que prenait la créature dépassait tout entendement.

- Naïna ! hurlait-il régulièrement, essayant vainement au prix de sa voix de couvrir le vacarme de la tempête.

Mais aucune réponse. Et si par miracle elle l'entendait, jamais elle n'aurait pu couvrir le hurlement de la pluie en retour. Il avançait à l'aveugle, totalement sourd. Jamais il ne parviendrait à la retrouver.

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- Naïna !

Elle était là, frêle être recroquevillé sur lui-même à la merci du déluge, tremblante de froid, sans doute inconsciente, il n'en savait rien. La Naïna qu'il connaissait ne resterait pas bêtement allongée à terre si elle avait été consciente.

Il s'élança vers elle, la pluie fouettait son visage et plaquait sur son front ses cheveux dégoulinants et glacials, mille questions lui traversaient vivement l'esprit, sans qu'il ne s'y attardât. Il n'avait pas le temps de penser. Qu'importait ce qu'il lui était arrivé pour le moment, il verrait ça plus tard. Il devait s'assurer qu'elle allait bien.

Elle gémit lorsqu'il la prit dans ses bras, mais ses membres ballottaient, incontrôlés, trahissant l'état dans lequel était la jeune femme. Totalement inanimée. Que lui était-il arrivé, bordel ? Comment faisait-elle pour toujours se fourrer dans des situations indécentes ? Voilà que les questions assaillaient déjà son esprit, qui furent chassées lorsque qu'un nouveau gémissement résonna dans la gorge de la naïade. La ramener saine et sauve, vite.

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Surpris, il passa devant deux biches qui flânaient à l'abri la pluie sous leur maison. Que faisaient-elles là, venaient-elles pour détruire ce qu'il avait construit ? Qu'importe, il devait amener Naïna à l'étage, ce qui ne fut pas de tout repos, puisque seule l'échelle menait là-haut. Mais après plusieurs minutes, il parvint à la hisser et la déposa presque immédiatement dans le lit, l'enveloppant de couvertures, pour la réchauffer. Elle était gelée.

Le soleil ne reviendrait pas.

Cela sonnait comme une évidence dans son crâne. Le soleil était parti à jamais, sa chaleur avec lui. Il s'était produit quelque chose et maintenant, il était parti, abandonnant la terre dont il était garant, la plongeant dans des ténèbres glaciales pour l'éternité. Mais qu'est-ce qui pouvait avoir assez de puissance pour éliminer le soleil ? Rien, il délirait, le soleil était toujours là, caché derrière ces épais nuages qui gardaient jalousement ses rayons. Le temps n'était simplement pas clément sur cette île qu'il avait cru tropicale, semblable à ces cartes postales chaleureuses au ciel bleu. La vérité était toute autre, voilà tout.

Si seulement il avait tort. Les biches savaient, elles le sentaient, rien de tout ça n'était naturel. Le soleil n'était certes pas parti, comme envolé, mais ces étranges saisons étaient louches. Cependant, leurs esprits primitifs ne pouvaient en expliquer les raisons.

Si elles pouvaient vraiment l'être, elles étaient désolées d'avoir emmené la naïade loin de chez elle par ce temps. Elles n'avaient pas prévu qu'il s'empirerait à ce point et qu'il pouvait la tuer. La pauvre créature violette ne semblait en sécurité nulle part. Ni chez ce prédateur, ni dehors. Il lui fallait retourner dans l'océan, mais les suivrait-elle une nouvelle fois ?

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L'état de Naïna s'était stabilisé depuis la veille, mais elle ne s'était toujours pas réveillée. Son corps était chaud, sa respiration normale, Loïs avait fini par ne plus vraiment s'inquiéter pour son destin. Elle n'allait pas mourir tout du moins. Il avait tant de questions à lui poser, il voulait savoir ce qu'il s'était passé, tout naturellement. Mais il devait se contenir. Et même lorsqu'elle se réveillerait, il devait s'empêcher de l'assaillir de questions, au risque de l'effrayer et la rebuter.

Malgré quelques geignements, la créature passa les deux jours suivants à dormir, et le jeune homme commença à s'alarmer quant à sa condition. Presque trois jours qu'elle dormait, si vraiment elle dormait. Elle lui paraissait plus inconsciente qu'endormie.

Il avait essayé de la secouer pour la réveiller, tant pis, il la laisserait se rendormir si elle le désirait, il voulait juste s'assurer qu'elle n'était pas morte, mais ses yeux n'avaient pas cillé. Ils restaient désespérément clos.

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Le troisième jour, le soleil se découvrit enfin de son manteau nébuleux, réchauffant doucement l'atmosphère. Loïs regardait avec soulagement les nuages s'éloigner. Le soleil n'avait pas disparu finalement. Et même s'il devait être plus chaud à cette période de l'année, c'était déjà beaucoup plus rassurant. Ce qui ne l'était pas, c'était Naïna. Elle refusait toujours d'ouvrir les yeux.

C'est à ce moment-là que les biches passèrent à l'action. Il fallait parfois mal agir pour faire le bien. Et ce qu'elles allaient faire n'était décidément pas bien. Leur plan était de mettre à sac le jardin que le couple avait réussi à entretenir pour forcer la naïade affamée à repartir dans l'océan. Et qu'importait le prédateur. De toutes façons, il ne se nourissait sans doute pas de légumes.

Mais personne ne vint. Elles s'étaient attendues à être chassées du domaine, mais personne ne vint. Cela faisaient des jours qu'ils restaient cloîtrés dans leur cabane. Elles craignaient qu'il ne l'eût dévorée et qu'il ne soit en train de digérer.

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La vérité était qu'il restait assis au bout du lit, espérant le réveil de sa compagne.

- Loïs...

Il se leva d'un bond, confus et heureux, à moins que ce soit que son esprit qui eût reconstitué la voix de la jeune naïade.

Non. Ses paupières papillonnaient, elles luttaient pour s'ouvrir complètement, s'habituaient à la lumière sans doute.

- Naïna !

Son visage se déforma en une grimace, et il se calma, difficilement, il parvenait à peine à contenir sa joie. Elle se réveillait, enfin, elle allait bien, elle allait bien, elle était vivante, consciente !

Il s'empara de ses mains, les pressa, comme pour l'enjoindre à se réveiller plus vite. Son visage rayonnait, sa bouche était étirée en un sourire presque plus large que sa face, son regard observait avec fascination les paupières de la créature se mouvoir et se débattre. Elle allait se réveiller !

- Loïs...

Paniquée, elle ouvrit les yeux d'un seul coup, semblant ne pas reconnaître l'endroit où elle se trouvait, elle s'agitait, tandis que Loïs essayait de la rassurer, mais rien n'y fit.

- Le déséquilibre, l'équilibre ! Il a été rompu ! hurla-t-elle sans se soucier de lui et son expression horrifiée.

Puis elle s'effondra sur le lit.


Je suis désolée de cette longue attente. Mais je crois avoir cerné le problème. Ce n'est pas que je n'arrive pas à m'investir dans cette histoire, elle me tient à cœur et j'ai enfin un scénar qui défrise un poney. Le truc c'est que pour cette histoire, je prends d'abord les photos, puis j'écris. Et en fait, bah... j'arrive plus à faire ça... Ça fait plusieurs mois et une vingtaine de chapitres que chez les muses, j'écris, puis je vais en jeu pour illustrer. Et je crois que je ne sais faire plus que ça. Alors je vais tenter chez les Vanek aussi.

Mais (parce qu'il y a un mais), il y aura tout de même un peu d'attente entre les chapitres, vu que j'en ai moins de prévu par rapport aux muses et que je garde maintenant une continuité temporelle (et que bientôt un troisième projet en commun avec mes deux familles va voir le jour).

Bref, tout ça pour dire que je suis désolée et que j'espère que vous ne m'en voulez pas trop. Parce que j'imagine que ça doit être chiant de suivre une histoire qui n'avance pas. Alors du coup, merci à tous ceux qui continuent quand même de lire. C'est très gentil à vous, je vous keur.

 

Ah, et explication de Nakhasa :

C'est un mot composé de trois parties. Na, kha, et sa. Na signifie tout ce qui a un rapport avec la deuxième personne du singulier, autrement dis "tu" (ça peut aussi être "toi", "tes", tout ce bordel là)

Kha, on l'a déjà vu auparavant, veut dire chez les naïades le nid dans lequel elles naissent. Chez les autres créatures, ça signifie "famille".

Et enfin le suffixe sa veut dire "qui fait partie de". Donc tout ensemble, Nakhasa est traduit littéralement par "tu fais partie de la famille", communément utilisé pour dire "je t'aime". Chez les naïades, c'est pas vraiment je t'aime, puisqu'elles ne connaissent pas vraiment ce concept, mais le dire signifie une grande affection.

Tadam \o/ Voilà pour le cours de Fìrlaka.