Précedemment : Naïna est prise dans une tempête et, très affaiblie, manque de mourir. Elle se réveille brutalement en hurlant que le déséquilibre est survenu, avant de se rendormir


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Le soleil ne quittait plus le ciel désormais. L’été était finalement arrivé, et il avait décidé de ne plus quitter l’île pendant trois longues années. Trois années durant lesquelles les deux compagnons isolés sur leur île construisirent un amour de plus en plus fort.

Naïna s’était totalement remise de sa mésaventure dans l’ouragan et quand Loïs lui avait parlé du déséquilibre qu’elle avait mentionné très brièvement lors d’un réveil tout aussi bref, elle avait assuré ne pas s’en souvenir. Cependant, elle savait ce qu’était le déséquilibre. Il s’agissait d’une vieille légende sur les mondes, qu’un équilibre existait entre eux pour que tout y fonctionne correctement, et que par un évènement dont elle avait oublié l’objet, l’équilibre pouvait être brisé.

- Ce serait logique, en vérité, que le déséquilibre soit survenu. Ça expliquerait ce temps étrange… avait-elle dit alors.

Et pour prouver ses dires, le temps devint encore plus étrange, avec cet été de trois ans, qui n’était pas pour déplaire Naïna, qui avait détesté son seul et unique contact avec le froid. Cet interminable été voyait régulièrement passer des tempêtes tropicales qui ne semblaient ne plus vouloir finir, l’une d’entre elle avait même presque réduit la maison à néant, obligeant Loïs à la reconstruire, aidé cette fois-ci de Naïna, qui avait bien évidemment cessé de s’enfuir dans son océan natal à tout bout de champ.

L’absence d’hiver était une bonne chose, le jardin ne mourrait pas de froid et il y avait toujours des provisions suffisantes pour vivre, et la naïade continuait ses escapades dans l’océan pour ramener du poisson. La viande manquait toujours cruellement à Loïs, mais les pièges qu’il tendait çà et là un peu partout sur l’île se révélaient sans succès. Les animaux semblaient savoir, par quelconque intelligence naturelle, comment les éviter. Alors l’hybride se contentait de poisson et de légumes, regrettant de ne pouvoir se transformer en loup comme ses semblables pour partir chasser.

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Deux ans après le début de l’été, Loïs regardait pensif le feu qu’il allumait tous les soirs pour faire griller sa part de poisson. Si Naïna le préférait cru, lui était incapable de le manger ainsi, il lui fallait le griller. C’était la viande qu’il voulait manger crue, mais la viande ne voulait venir à lui.

S’il était pensif, c’était parce qu’il pensait à sa relation avec la naïade. Il l’aimait, ça il en était sûr, et elle l’aimait à sa façon, mais depuis qu’il avait avoué ses sentiments et qu’elle les avait acceptés, les choses n’étaient pas allées vraiment plus loin. La créature violette, en plus de n’avoir aucune notion de l’amour, n’avait aucune notion du sexe. C’était tout juste si elle avait appris à connaître cet organe qu’elle avait entre les jambes quand celles-ci remplaçaient sa queue de poisson. Mais Loïs, lui, connaissait cette notion, et avait du désir pour la naïade, un désir qui croissait de jour en jour, un désir qu’il n’en pouvait plus de réfréner. Mais sa compagne était si innocente, si ignorante aussi, qu’il avait peur de la brusquer, qu’il se sentait gêné rien qu’à l’idée de lui expliquer. Car il était quasiment sûr qu’elle ne savait rien des relations sexuelles. Les naïades naissaient d’œufs qui apparaissaient sans raisons, sans que personne ne sût d’où ils venaient.

Quand son poisson fut enfin grillé, il le retira des flammes qui le léchaient avec avidité et il jeta sur le feu du sable pour l’étouffer. Naïna apparut alors. Chaque soir, c’était ainsi. Elle se cachait des flammes, attendant patiemment que Loïs l’éteigne enfin avant d’apparaître.

- À quoi tu penses ? demanda-t-elle, curieuse.

Elle connaissait Loïs maintenant, elle savait qu’il se torturait beaucoup trop souvent l’esprit avec des tonnes de questions, mais elle s’y intéressait, espérant pouvoir y répondre un jour et le soulager d’un poids, même si bien souvent, ses questions n’avaient aucune réponse.

- Hmm ? À rien.

- Tu mens.

Évidemment qu’il mentait. Évidemment que quelque chose lui torturait de nouveau l’esprit. Normalement, il lui en faisait part, que ce soit futile ou important. Un jour qu’il pensait à sa mère, qu’il n’avait jamais revu depuis qu’il s’était enfui, enfant, il lui avait parlé de son inquiétude quant à elle, de n’avoir jamais eu de nouvelles, de ne pas savoir ce qui avait bien pu lui arriver, si elle était vivante ou morte. C’était un sujet sensible pour lui et pourtant, il lui en avait parlé. Aujourd’hui, ses pensées restaient secrètes et cela inquiétait la naïade.

Elle appuya sa tête violette contre son épaule. Elle pouvait sentir son cœur battre sous sa peau brûlante.

- Pourquoi tu ne veux rien me dire ? insista-t-elle. Tu as peur de ma réaction ? devina-t-elle d’une voix malicieuse et moqueuse.

- C’est un sujet auquel les naïades ne sont jamais confrontées, avoua-t-il enfin, sans pour autant nommer ledit sujet.

- Je me demandais quand tu m’en parlerais…

- Pardon ?

Les yeux de l’hybride regardaient avec étonnement ceux que la naïade avait relevés sur lui. Avait-elle vraiment compris ce dont il voulait parler, ou se trompait-elle ?

- Notre espèce ne fonctionne pas de la même façon que les autres, mais nous sommes au courant de cette partie dans la vie des autres. Je sais que c’est une étape importante, à la fois pour la perpétuation de l’espèce, mais aussi pour le couple. J’ignore beaucoup de choses, mais je connais le fonctionnement des autres espèces.

Elle ne se trompait pas. Elle et lui parlaient de la même chose, et elle avec une telle aisance qu’il en était encore plus mal-à-l’aise.

- Je me demandais quand tu m’en parlerais. Cela fait longtemps que je suis ici avec toi, et jamais tu n’en as dit un mot. Pourquoi ?

- J’avais peur de t’effrayer. 

- Je ne le suis pas. Au contraire, je suis curieuse. C’est quelque chose que je ne connais pas.

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Elle attrapa son visage entre ses mains violettes et le baissa pour qu’elle puisse embrasser les lèvres qui s’y trouvaient. Loïs laissa parler son corps, s’emparant de celui frêle de Naïna, et ils se soudèrent là, sous la lune presque pleine, entre douleur et plaisir.

 

Naïna dormit longtemps le lendemain matin. Son corps de naïade n’était pas réellement fait pour faire l’amour, ainsi, la chose l’avait plus fait souffrir que plaisir, et l’avait laissée épuisée. Elle n’était pas sûre de retenter l’expérience, mais restait tout de même contente de l’avoir au moins fait une fois.

Loïs la regardait dormir. Il avait tant de choses à faire, mais il aimait prendre le temps d’observer la naïade quand elle dormait le matin. Il la trouvait si belle.

Il n’avait pas été déçu d’apprendre qu’elle n’eût pas forcément apprécié. Les naïades n’étaient pas censées se reproduire de la même façon que toutes les autres espèces et si son choix était de ne plus jamais le refaire, il l’accepterait. Il ne voulait pas la forcer, ni même qu’elle se sente mal.

Il se leva et comme chaque jour, s’occupa du jardin, vérifia ses pièges, qui ne rencontraient toujours aucun succès, chercha du bois pour le feu et pour agrandir la maison tandis que Naïna partait dans son océan pour chercher de la nourriture. Les jours se suivaient et se ressemblaient, monotones et ennuyants, à l’image de cette île, qui, bien que jolie, n’offrait rien pour s’occuper.

Jusqu’à ce que Naïna remarque que son ventre grossissait, sans pour autant manger plus que d’habitude. Au début, elle ne s’en inquiéta pas. Peut-être que son régime alimentaire un peu changé avec l’arrivée des légumes finissait par avoir des conséquences, mais bientôt, Loïs le remarqua aussi, et lui avait une toute autre explication.

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- Tu es enceinte, Naïna, essaya-t-il de lui expliquer pour la quatrième fois.

- Mais c’est pas possible ! répondait-elle obstinément. Les naïades ne peuvent pas avoir d’enfants !

- Pourquoi pas ? Qu’est-ce que tu en sais ? s’énerva-t-il alors.

Après tout, elle ne pouvait pas en savoir plus que lui. Les naïades, selon les légendes, avaient vécu sur la terre ferme, avaient eu des jambes, un appareil reproducteur. Quelle preuve avait-elle qu’aucune naïade mâle n’eut un jour vécu ?

- Il n’y jamais eu de naïade… mâle, c’est ça ? hésita-t-elle, peu sûre du terme.

- Peut-être que si. Peut-être qu’ils ont disparu, on ne sait comment, peut-être qu’ils n’ont pas pu échapper au massacre, se faire à la vie sous-marine, on n’en sait rien ! Mais rien ne prouve que les naïades ne pouvaient pas avoir d’enfants.

La créature violette baissa la tête et regarda son ventre qui s’arrondissait. Était-ce seulement possible ? Ça allait à l’encontre de tout ce qu’elle savait, de tout ce qu’elle avait appris. Depuis qu’elle avait sauvé Loïs de la noyade, sa vision du monde avait totalement changé, et si elle avait aimé ça au début, curieuse d’en apprendre plus, elle commençait maintenant à avoir peur. Son monde s’écroulait autour d’elle.

La grossesse était difficile, terriblement difficile. Si les naïades avaient peut-être un jour porté des enfants, elles n’étaient plus du tout faites pour ça. Naïna se plaignait sans cesse de fatigue, de douleurs, elle restait constamment au lit, incapable de faire le moindre mouvement. Quand vraiment il lui fallait aller dans l’eau pour s’hydrater, c’était dans un concert de gémissements de souffrance. Elle n’était même plus capable d’aller nager. Elle restait sur la plage, là où l’eau était encore assez peu profonde pour qu’elle puisse toucher le sable et garder la tête hors de l’eau en même temps. La nuit, elle en pleurait. Elle n’était même plus capable d’être une naïade. Pour Loïs, elle avait renoncé à ce qu’elle était, et elle n’était plus sûre qu’elle le voulait maintenant. Malheureusement, il était trop tard.

- Naïna ? hésita Loïs en entrant dans la pièce principale.

La naïade ne réagit même pas. Elle resta allongée, le regard perdu au plafond.

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- Je devrais être heureuse… murmura-t-elle, à bout de souffle, comme si elle avait fait un effort physique, alors qu’elle n’avait pas bougé du lit depuis des jours. Je suis une naïade qui a la chance de porter un enfant… Mais je ne le suis pas. Je suis fatiguée, et j’ai peur.

- Hé…

Loïs s’approcha, la mine basse. Délicatement, il s’assit sur le rebord du lit et attrapa la main violette de la créature, la pressant doucement pour lui insuffler son amour.

- Faut pas avoir peur.

- Je ne vais pas y survivre, Loïs. Je le sais.

- Arrête, dis pas ça, implora-t-il, terrifié à l’idée de perdre Naïna.

Car s’il la perdait… Il n’en savait rien, il ne savait pas ce qu’il ferait, comment il pourrait survivre à son tour. Il ne voulait pas se retrouver seul sur cette île, pour toujours. Il ne voulait pas élever seul leur enfant. Il avait besoin de Naïna. Elle l’avait sauvé, plusieurs fois, lui avait redonné espoir et envie de vivre, même ainsi coupé du monde. Il n’était jamais bien sans elle. Il se souvenait des longs jours où elle s’était enfuie dans l’océan. Les longs jours de solitude, à se morfondre. Il ne voulait les revivre pour rien au monde.

Naïna sourit tristement.

- C’est la vérité Loïs. Je n’y arriverai peut-être même pas jusqu’au bout. J’ai fait le mauvais choix en restant ici avec toi, mais c’est un choix que je n’arrive pas à regretter.

Car après tout, elle avait appris tant de merveilleuses choses, même si elles avaient détruit son monde. Elle avait appris à marcher, elle avait découvert la terre ferme, la faune, la flore… Elle avait même connu l’amour. Alors que l’océan qu’elle connaissait par cœur ne lui avait offert qu’ennui.

Elle était tellement perdue, entre regrets et joie. Si perdue que si elle pouvait remonter le temps, elle ne savait si elle déciderait de rester sur l’île avec Loïs ou pas. Elle ne savait véritablement pas, et ce dilemme inutile occupait ses longues journées passées au lit.

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Fatidique, le jour de l’accouchement arriva. Sur l’île, on entendit plus que les cris, tandis que l’été touchait enfin sa fin.


Ow god, ça y est, enfin, ce maudit chapitre est derrière moi, ouf !

Aucune inspiration, pas de plaisir en l'écrivant, bâclé, mal écrit, mais après 5 mois, enfin, à plus, au revoir o/ Maintenant, je suis inspirée, tellement que j'ai déjà écrit les chapitres 10 et 11 en moins d'une semaine, c'est pour vous dire à quel point le chapitre 9 a été compliqué.

Dooonc, prochain chapitre très bientôt, peut-être dans deux ou trois semaines, je verrai.

Tschüss, et amour ♥

(et merci à ceux qui ont le courage de continuer à me lire avec le rythme que j'ai ;; )