Les pluies printanières avaient tellement alimenté la rivière qu’elle débordait de tous les côtés. Au bord de celle-ci, la terre était boueuse, voire marécageuse, amenant les moustiques friands de cet écosystème. Parfois, ces derniers s’éloignaient un peu de la rivière, s’aventurant vers la crique, dont l’eau était toujours ballottée par la cascade tumultueuse

La petite hybride grogna, tandis que la pukòs démêlait ses cheveux colorés. Elle détestait l’heure du bain, elle n’avait pas besoin de bain, elle était une bête sauvage, et les bêtes sauvages ne se laissaient pas faire quand venait l’heure du bain.

Mais sa khanerm était plus forte qu’elle et son regard était bien trop terrifiant pour résister. Alors l’enfant se laisser traîner jusqu’à la crique où Khanerm la frottait de partout pour enlever la crasse, et se démenait pour que ses cheveux n’aient pas de nœuds.

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Bien qu’étant à demie-naïade, Nao avait plus pris du côté loup de son père. Quand les pukòs ne regardaient pas, elle partait dans la forêt chasser les animaux qui peuplaient l’île. Elle était incapable de se transformer, à l’instar de son père, mais elle était si habile et rapide qu’elle n’avait pas besoin de forme lupine pour revenir fructueuse de la chasse. La première fois qu’elle avait rapporté un lapin aux pukòs, ces derniers avaient silencieusement hurlé, certains même avaient ordonné que l’enfant soit bannie de leur communauté. D’ailleurs, depuis ce jour, beaucoup s’étaient de nouveau rendus invisibles à ses yeux. Nombreux visages familiers avaient disparu.

On ne l’abandonna pas. Khanerm avait pris sa défense. Elle n’était pas comme eux, avait-on pu lire dans ses yeux si expressifs. Personne ne pouvait excepter d’elle qu’elle se comporte comme une pukòs alors que dans son sang coulait celui du loup, créature carnivore. Nao fut permise de rester, tant qu’elle ne tuait pas pour le plaisir, mais pour se nourrir.

Quand l’envie de sang lui montait à la gorge, elle se rappelait le regard de Khanerm, si décisif. Ce simple regard lui avait fait comprendre que si elle tuait par plaisir, l’enfant ne trouverait plus aucun soutien chez ceux qui l’avaient élevée, et que tous lui deviendraient invisibles. Nao avait si peur de se retrouver seule sur cette île, entourée des pukòs invisibles, que sa soif de sang s’estompait rapidement.

Mais sa soif d’aventure et d’action, elle, pouvait être assouvie à tout moment. Toujours, elle échappait à la surveillance de Khanerm et partait dans la forêt en courant, grimpait aux arbres, pourchassait des animaux pour leur faire peur, perfectionnait son cri, mais ses cordes vocales de mortelle n’étaient pas faites pour qu’elle puisse hurler à la mort comme ses congénères loups.

Mais si elle aimait la forêt, l’eau la repoussait. Elle ne l’avait jamais vraiment aimée, sans vraiment savoir pourquoi, cette aversion datait de bien avant ses premiers souvenirs. Ironiquement, elle s’appelait Nao. En Fìrlaka, nao signifiait l’eau douce. Agée d’un peu plus d’un an et étant une créature, la langue des créatures lui était innée, et nao avait été le premier mot prononcé par la petite hybride. Et comme elle avait besoin d’un nom, elle se l’était attribué.

Elle grogna de nouveau quand Khanerm qui versa de l’eau sur la tête, pour laver ses cheveux.

Un bruit insupportable vint titiller sa fine ouïe, un bruit qu’elle reconnut immédiatement.

Un moustique.

Rapide comme l’éclair, elle bondit, referma ses crocs, mais le pénible insecte s’était enfui. Tout ce qu’elle parvint à faire fut tout éclabousser aux alentours, y compris Khanerm, qui recula sous le choc. Nao éclata de rire, complètement nue et trempée, mais la pukòs ne partageait pas cette joie. Elle n’aimait pas quand la petite était trop active, sauvage. Car si les pukòs, les esprits de la forêt, respectaient chaque forme de vie, même celle des carnivores, ils ne pouvaient vivre avec eux. S’ils avaient recueilli Nao, c’était parce que les biches étaient venues leur murmurer qu’elle était l’enfant de la naïade dont elles s’étaient tant souciées.

En apercevant le regard grondeur de Khanerm, le sourire de Nao s’estompa légèrement, mais au fond d’elle, elle riait toujours.

L’enfant put lire dans les yeux de sa mère une invitation à la suivre. L’heure du bain était terminée. Tout sourire, elle sortit de l’eau en courant, et enfila une robe que les pukòs lui avait ramené. Contrairement à eux, ou aux autres animaux de l’île, Nao avait le corps d’une mortelle, elle ne possédait pas de fourrure pour la garder au chaud. Alors on lui avait ramené un vêtement trouvé dans une construction en bois, de l’autre côté de l’île. L’enfant s’était toujours promis qu’un jour, elle irait là-bas. Elle était curieuse de voir ce que la cabane pouvait cacher comme autres trésors. Mais comme chaque chose intéressante, on lui avait interdit de le faire.

 

Les esprits de la forêt portaient leur nom à merveille. Tout d’abord par leur invisibilité, faisant douter de leur existence. Les créatures les avaient, en des temps immémoriaux, côtoyés, avant qu’ils ne deviennent invisibles, avant qu’ils ne deviennent des esprits. Mais au fil des décennies, puis des siècles, ils n’étaient devenus que légendes, que l’on transmettait oralement. La plupart des créatures n’avait plus connaissance de cette espèce, la première de toutes les espèces, vivant si parfaitement en harmonie avec la nature qu’ils en étaient les esprits. Ils n’avaient pas un mode de vie semblable aux autres. Aucune hiérarchie, aucun village, ils n’avaient même pas de nom. Ils dormaient dans les arbres, dans les grottes, certains étaient sédentaires, d’autres, tels des animaux migrateurs, bougeaient sans cesse à travers le monde.

On leur attribuait des pouvoirs étranges, dont l’origine était inconnue. Si les sorcières, ou autre espèce magique, pouvaient interférer sur la magie présente dans l’air, les pukòs, eux, pouvaient interférer sur celle présente dans la terre, dans les arbres, dans les animaux. C’était de là que venait leur nom. Les premières créatures les voyaient comme les enfants de la forêt, son esprit, son âme.

Nao vivait comme eux. Elle dormait quand elle était fatiguée, à l’endroit même où elle s’était arrêtée, mangeait ce qu’elle trouvait, ou chassait. Elle n’avait pas de foyer, ni de véritables possessions, hormis sa robe et les petits trésors qu’elle gardait cachés sous une pierre, près d’une grotte. Mais Nao avait quelque chose que les pukòs n’avait pas : la parole. Les esprits de la forêt, bien que pourvus d’une langue, ne parlaient pas. Intriguée, la petite s’était de nombreuses fois demandée s’ils restaient muets par volonté, ou parce qu’ils ne pouvaient utiliser leur langue. Elle avait déjà posé la question à Khanerm, mais ses yeux n’avaient jamais répondu.

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Après tout, peut-être qu’ils n’avaient pas besoin de langage. Leurs yeux étaient si expressifs qu’ils pouvaient tout dire. Nao avait toujours compris ce que les pukòs lui disaient grâce à leurs yeux.

Avant de laisser partir Nao dans la forêt, où elle se salirait juste après son bain, Khanerm l’attrapa par les épaules et plongea son regard dans celui de l’enfant.

Ne fais pas de bêtises, lui disaient les yeux.

­- Io Khanerm !

Puis la pukòs relâcha sa prise et la fillette se déroba à toute vitesse, s’enfonçant dans la forêt.

Khanerm était la pukòs qui avait retrouvé Nao sur la plage, alors qu’elle n’était âgée que de quelques jours. C’était elle qui avait fait le choix de la garder, et de se rendre visible aux yeux de l’enfant. D’autres avaient suivi, curieux. Cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait plus eu de créatures sur cette île, il n’y restait que des animaux. D’autres encore, ne s’en souciaient peu. Du moment que Nao respectait leur mode de vie et la nature, qu’elle soit élevée par l’un d’entre eux et puisse les voir ne les embêtaient pas. Mais pour certains, les plus amers, ils voyaient d’un mauvais œil cette créature trop souvent hybridée. Elle avait dans ses veines quatre sangs différents, et c’était trop. Aucune créature ne devrait être ainsi hybridée. Les hybrides étaient trop instables, trop différents les uns des autres, personne ne pouvait savoir quelles caractéristiques ils avaient vraiment. Ils étaient anormaux. Rien que cette enfant, pourtant naïade, n’avait pas besoin d’eau salée pour s’hydrater. Sa peau, pourtant colorée, était celle d’une mortelle. Elle pouvait rester des jours et des jours hors de l’eau sans problème.

Et puis, parmi ces quatre sangs se trouvait celui des loups. Les pukòs vivaient sur le monde depuis des centaines d’années quand les loups arrivèrent de leur propre monde, déséquilibrant l’harmonie du monde. Ils commencèrent à chasser sur des territoires qui ne leur appartenaient pas, surpassaient les autres carnivores. Là commença le processus d’invisibilité. Certains pukòs, effrayés par ces bêtes sauvages, avaient préféré se cacher. Pour les autres, les relations avec les loups étaient compliquées, et le furent encore plus quand certains ne retournèrent pas dans leur monde, préférant rester sous leur forme animale. Depuis, les loups parcourraient ce monde. Alors que Nao soit une lointaine descendante de ces créatures en rebutait plus d’un. Mais ils n’avaient pas le choix, alors ils restaient invisibles, et la vie continuait son cours sur l’île introuvée.

Jusqu’à ce que Nao fasse une nouvelle découverte.

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Coucou l'ellipse *fait coucou*

Sooo, notre enfant sans nom a désormais un nom (parce que sinon ce serait vraiment pas pratique). Et elle a un design assez spécial, mais hey, elle est un mélange de quatre espèces. D'ailleurs, on ne voit pas très bien, mais elle a les yeux violets et des petites taches violettes qu'elle tient de Naïna.

Pour ceux qui voudraient des détails, Nao est donc un mélange de naïade, loup, mortel et sorcière (vieux gène des Vanek qui continue à se transmettre, mais il est si faible qu'elle ne possède aucun pouvoir).

Pour le petit cours de Fìrlaka, pukòs est composé du mot pùc dans son ancienne forme (puk), qui signifie "forêt" et du mot òs, qui veut dire "esprit". 

À plus dans l'bus !