Elle était allée plus loin que d’habitude cette fois-ci. Bientôt, les arbres s’étaient espacés, éclairant la voie devant elle, la terre sous ses pieds s’était modifiée, devenant de plus en plus palpable, de plus en plus en molle. Puis l’herbe avait laissé place à des milliers de grains qui se faufilaient entre ses orteils. Cette sensation nouvelle lui arracha un rire à la fois effrayé et amusé.

Puis elle releva la tête.

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Tout n’était que bleu à perte de vue. Le ciel était sans nuage et la mer sans vague. Il n’y avait aucune distinction entre les deux, aucune frontière. Leurs bleus se confondaient, se mélangeaient, devenaient progressivement les mêmes.

Nao n’avait jamais vu une telle chose de sa vie. Depuis sa naissance, son regard captait toujours un arbre, un rocher, de l’herbe ou la rivière, tout était varié et abondant. Là, il n’y avait rien d’autre que du bleu. C’était étourdissant, enivrant. Malgré son aversion pour l’eau, elle n’avait qu’une envie, c’était de plonger dans ce mélange d’eau et d’air.

Ce qu’elle fit. Elle se débarrassa de ses vêtements, qu’elle jeta au hasard sur le sable et elle s’approcha de l’eau. Celle-ci était étrange. Contrairement à celle qui coulait le long de l’île, celle-là venait lui lécher les pieds. L’eau bougeait sans l’aide d’une cascade.

Et l’eau était immense.

La plus grande étendue d’eau qu’elle connaissait était la crique, dans laquelle elle prenait son bain. Là, l’immensité de ce qui s’entendait sous ses yeux était sans égale.

- Naï...

Elle n’avait jamais vu l’océan, tout du moins elle n’en avait pas souvenir, pourtant, elle savait le nommer. Naï… L’eau salée.

L’eau était plus froide que celle de la crique, et elle frissonna violemment. Mais cette eau lui paraissait si douce, elle coulait entre ses écailles, se mariait avec elles dans cette agréable sensation. Elle détestait l’eau douce. Mais l’eau salée, au contraire, semblait être son élément.

Les vagues la submergeaient avec espièglerie et plusieurs fois, elle craint d’avaler de l’eau, mais jamais cela n’arriva.

Puis son corps, après plusieurs minutes passées dans l’eau, commença à changer. Ses jambes qu’elle battait sous elle pour se maintenir en dehors de l’eau se rapprochèrent sans qu’elle ne puisse les contrôler. Bientôt, elles se touchèrent et Nao ne pouvait rien faire pour les décoller. Elle commença à se débattre, à geindre, effrayée, quand la douleur vint. Il lui semblait qu’on lui arrachait sa peau petit bout par petit bout, et qu’une main maligne venait coudre entre ses jambes pour qu’elles ne forment plus qu’une. L’hybride hurla, espérant vainement attirer les pukòs, mais le bruit des vagues recouvrait sa voix, et pire encore, l’eau s’infiltrait dans sa bouche pour la faire taire.

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Incapable de battre des jambes, son corps se mit alors à couler, lentement, jusqu’à ce que l’eau la recouvre entièrement. Elle voyait la surface s’éloigner progressivement, les rayons du soleil parvenir plus difficilement jusqu’à elle, les ténèbres l’entouraient peu à peu, et elle coulait, et malgré tous ses efforts, elle ne pouvait rien faire.

L’air vint à lui manquer, ses poumons étaient en feu, elle n’avait qu’une envie, c’était d’ouvrir la bouche et d’aspirer, mais l’air s’était transformée en eau. Elle mourrait.

Mais elle ne se contrôla pas. Au bord de la mort, elle ne savait plus si sa vision devenait de plus en plus sombre à cause du manque d’air où parce que la lumière ne l’atteignait plus. Elle ouvrit la bouche, prête à laisser l’eau entrer.

Elle respira.

Pour une raison qui lui était totalement inconnue, l’eau ne l’étouffa pas. Au contraire. Elle respirait. Elle inspirait, puis expirait, comme sur la terre ferme. Elle n’était pas morte. Ou… vraiment ? Peut-être que la mort n’étaient que des ténèbres d’eau noire dans laquelle on pouvait respirer…

Elle essaya de nouveau de battre des jambes, mais ne sentit qu’une énorme masse se mouvoir. Puis elle l’éleva. La surface se rapprochait enfin tandis qu’elle battait, l’obscurité laissa enfin place à la lumière, et l’air entra de nouveau dans ses poumons, qu’elle sentir regonfler avec douleur.

Maintenant qu’elle était à l’air libre, elle baissa la tête pour observer ses jambes, qui avaient par ailleurs cessé de lui faire mal. C’est choquée qu’elle découvrit à la place un bloc, semblant être ses deux jambes collées l’une à l’autre, et qui se terminait par une extrémité étrange. Pour ce qu’elle était devenue aussi, elle avait un mot, quand bien même elle n’avait jamais vu de telle créature.

- Naïa

Elle était une naïa, une créature de la mer. Une créature de l’eau salée. C’était pour cette raison qu’une telle transformation ne s’était jamais produite lorsqu’elle se baignait dans le cours de la rivière. Nao et naï n’étaient pas la même chose. L’eau douce ne lui faisait aucun effet.

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Elle s’amusa de longues heures à découvrir ce nouveau corps, sans se soucier de savoir comment elle rentrerait. Peut-être qu’elle en serait incapable, peut-être qu’elle devrait rester dans l’océan.

La vie sous-marine était magnifique, si magnifique qu’elle n’aurait jamais pu le deviner. Si magnifique qu’elle ne saurait jamais comment la décrire à Khanerm. Elle nagea entre les longues algues qui s’étendaient jusqu’à la surface, côtoyait les poissons multicolores qui ne craignaient pas sa proximité. Cependant, quand elle tendit la main vers l’un d’entre eux, il s’enfuit, visiblement vexé. Elle récolta des coquillages, qu’elle analysait avec précision, se demandant d’où de si beaux objets venaient, elle caressa le sable, prête à s’y endormir tant il était confortable. Puis la luminosité diminua, et quand elle revint enfin à la surface, elle remarqua que c’était parce que le soleil commençait à se faire avaler par l’horizon. Il lui fallait rentrer, avec que Khanerm ne s’inquiète. Même si Nao était libre de faire ce qui lui plaisait, elle devait toujours montrer chaque jour qu’elle allait bien, qu’elle n’était pas morte à cause de son imprudence.

Tant bien que mal, elle se hissa sur la berge, traînant sa lourde queue derrière elle à la force de ses frêles bras. Rien ne se produisit. Ses jambes ne revenaient pas. Perplexe, elle essaya de taper dessus, espérant déclencher un quelconque mécanisme, mais rien. Elle fronça les sourcils, peu sûre de ce qu’elle devait faire. Après tout, son corps n’avait changé qu’après plusieurs minutes, quand elle avait été dans l’eau.

Elle dut attendre plus d’une heure pour que sa queue disparaisse, laissant ses jambes se séparer à nouveau. Fascinée, elle bougea ses orteils, comme pour s’assurer qu’ils faisaient bien partie de son corps. Maladroitement, elle se releva, comme si elle avait soudainement perdu l’usage de ses jambes. Elle reprit vite l’habitude après quelques pas. Il lui tardait de raconter tout ça à Khanerm ! Elle n’était pas qu’une carnivore ! Elle était aussi une naïa !


Hey ! Wo, ça fait très longtemps que je suis pas venue ici, depuis octobre, argh, j'ai honte... Mais mon ancien ordi ne coopérait pas, et faire des photos me saoulait vraiment tellement c'était lent. Maintenant que c'est réglé, on revient avec des màjs plus rapprochées ! En effet, j'ai jusqu'au chapitre 16 d'écrit ! c:

Bref, encore désolée, en plus c'est super court, mais la suite sera plus longue, en plus d'être mieux (parce que là, c'est vraiment pas génial).

A plus dans l'bus !