Screenshot-36

Khanerm ne fut pas heureuse d’apprendre la nouvelle. Son visage trahissait sa peur et son angoisse, et ses yeux criaient d’horreur.

- Khanerm ? Pourquoi as-tu si peur ?

« Je ne pensais pas que tu pouvais te transformer. Les hybrides n’ont pas autant de caractéristiques normalement » répondirent ses yeux.

- Khanerm, tu savais que j’étais comme ça ?

Ses yeux la fixèrent, mais ne dirent rien, cette fois.

- Khanerm, d’où je viens ?

« Suis-moi ».

La pukòs n’avait pas prévu de lui montrer ça un jour, pensant que Nao n’en avait pas besoin pour vivre la vie qu’elle voulait. Après tout, que pouvait-elle faire de parents morts, pour vivre dans une forêt sur une petite île perdue dans l’immensité de l’océan ? Sans doute rien. Mais elle avait oublié que la plupart des créatures étaient curieuses. Nao ne faisait pas exception.

Elle la guida dans la forêt, ou plutôt, dû courir derrière la jeune hybride qui menait, courant sur ses quatre membres, telle une louve, quand bien même elle possédait un corps de mortelle. Toute heureuse de cette nouvelle découverte quant à sa nature, elle rit tout en pourchassant des petits animaux, qu’elle laissait bien évidemment en vie, parce que Khanerm l’observait, et qu’elle n’avait pas le droit de tuer pour le plaisir de la chasse.

Elle se demandait bien où la pukòs l’emmenait, elle connaissait la forêt par cœur. À moins que ce qu’elles allaient voir se trouvât au-delà, comme l’océan, qu’elle venait de découvrir en s’aventurant un peu trop loin.

Et en effet. La pukòs se dirigea dans une grotte, que Nao connaissait pourtant, pour s’y être abritée de nombreuses fois des tempêtes tropicales, et pour y avoir dormi la plupart de ses nuits. Mais Khanerm ne resta pas à l’orée de la caverne. Elle s’enfonça plus loin encore, jusqu’à ce que la lumière du jour s’évanouisse petit à petit. Nao n’était pas sûre d’aimer ça. Ça lui rappelait beaucoup trop sa noyade. La lumière, de moins en moins visible, les ténèbres qui prenaient peu à peu possession du monde.

Puis la lumière reparut. Devant elles, un de ses rayons se faufilait entre la pierre. Bientôt, les bruits de la nature se firent de nouveau entendre.

Puis elles quittèrent enfin la grotte. L’île semblait être la même, et à la fois différente. Elle ne reconnaissait rien, c’était une partie de la forêt qu’elle ne connaissait pas.

- Khanerm ? appela-t-elle, cherchant des explications.

Tout une nouvelle île s’offrait à elle. Tout un nouvel endroit à découvrir. Ses yeux pétillaient de curiosité. Elle commençait à en avoir assez de la forêt qu’elle voyait tous les jours, qu’elle avait parcouru de long en large et en travers. Il lui fallait de nouveaux horizons. Et aujourd’hui, elle venait de trouver une nouvelle partie à l’île, ainsi que l’eau salée, dans laquelle elle devenait tout autre.

La pukòs la guida à travers la végétation que la jeune créature observait béatement, les yeux attirés par chaque nouveauté, chaque chose un peu curieuse. Mais ce que l’esprit de la forêt voulait lui montrer était bien mieux, quelque chose que jamais elle n’avait vu.

Entre les arbres, près de l’océan, quatre piliers de bois s’élevaient là, bien trop alignés pour être naturels. Certains étaient plus courts que d’autres, dû aux intempéries qui avaient mangé le bois, un était à moitié à terre, déraciné par les vents violents. Les murs en végétaux et le toit retenus par ces piliers étaient retournés au sol d’où ils provenaient, il ne restait rien de cette cabane qu’avait construit cet hybride des années auparavant. Mais Nao était fascinée. Cela semblait amusant là-bas.

Elle releva la tête vers sa mère, les yeux remplis de questions. Elle n’était pas une pukòs, mais ses yeux arrivaient tout de même à faire comprendre beaucoup de choses. Comme un mimétisme pourtant impossible.

« C’est de là que tu viens » dirent les yeux de Khanerm.

- De là ?

Nao posa de nouveau son regard sur la masure presque totalement détruite. Elle ne s’était jamais demandée d’où elle venait. Elle était là, c’était tout, elle n’avait qu’à vivre à présent. Personne ne savait d’où venaient les pukòs, alors ne pas savoir d’où elle, elle venait, lui semblait logique. Elle connaissait les mots khanerm et khanirm, mère et père, sans savoir ce à quoi ils correspondaient vraiment. A demie naïade, elle avait vécu comme elles, avec une khanerm, pensant être née d’un kha. Elle venait de découvrir que c’était beaucoup plus compliqué que ça.

Screenshot-39

Khanerm la laissa s’approcher de cet endroit où elle était née, où sa véritable mère était morte, où elle avait été abandonnée à l’océan par son père. La petite créature hybride n’avait aucun souvenir de tout ça. C’était la première fois qu’elle voyait une construction, elle qui avait vécu dans la forêt telle une pukòs toute sa vie. C’était magnifique. Elle voulait en voir plus.

- Khanerm, il y en a d’autres comme moi ? demanda-t-elle, sans se soucier de ses parents.

L’esprit de la forêt soupira. On ne pouvait contenir l’envie d’explorer d’une hybride de tant de créatures. Les loups devaient courir, les naïades nager à travers tout l’océan. Bientôt, elle voudrait découvrir la civilisation, d’autres créatures, s’éloigner des esprits de la forêt qui ne voulaient pas vraiment d’elle.

« Oui » dirent finalement ses yeux.

- Où sont-ils ?  s’exclama-t-elle en sautillant, trépignant d’impatience de les rencontrer.

« Tu pourras en trouver sous l’eau. Tu pourras en trouver au-delà de l’eau, dans les grandes terres. »

L’hybride s’élança. Elle passa à côté de la maison où elle avait vu le jour, les yeux rivés sur l’océan. Elle ne regarda même pas Khanerm qui l’appelait de ses yeux.

« Nao ! »

Mais elle ne pouvait l’entendre. C’était là un inconvénient pour les pukòs. Puis la créature lança tout de même un regard pour celle qui l’avait élevée et sans qui elle serait morte sur cette plage, seulement âgée de quelques jours.

« Reviendras-tu ? », s’inquiéta l’esprit.

Elle avait peur. Qui voudrait revenir sur l’île introuvée une fois l’immensité du monde découverte ? Sûrement pas Nao. Si l’hybride partait aujourd’hui, il y avait là de grandes chances qu’elles ne se revoient plus jamais.

- Bien sûr ! répondit-elle avec un sourire réconfortant. C’est chez moi ici et tu es ma khanerm.

Elle allait se retourner pour plonger dans l’eau quand la pukòs l’appela de nouveau.

- Quoi ?

« Fais attention aux mortels. Ils n’aiment pas les créatures comme toi. »

- Je les déchiquetterai de mes crocs ! la rassura-t-elle en découvrant ses dents aussi lisses que celles d’un mortel.

Elle plongea, laissant son corps se transformer sans en avoir peur, cette fois. Puis elle nagea au fond. Très vite, Khanerm ne la vit plus.

Nager en étant une naïade était beaucoup plus plaisant maintenant qu’elle savait ce qu’il se passait. Elle observa avec plaisir les beautés de l’océan, ses couleurs qui se noircissaient peu à peu à mesure que le soleil s’enfonçait dans l’eau, au loin. Mais elle ne vit personne comme elle. Peut-être devait-elle aller plus loin encore.

Screenshot-43

Ce fut là qu’elle la vit. La chose qui changerait le cours de sa vie. Le vortex.

Il n’était pas très grand, ce tumultueux tourbillon qui attirait la jeune créature avec les courants qu’il formait. Et elle n’en avait pas peur, malgré la grande nouveauté qu’il représentait pour elle. Elle se demandait ce que c’était, ce que ça pourrait bien faire si elle s’en approchait de trop. Elle s’y aventura.

Jamais elle ne retournerait sur l’île introuvée.


Un chapitre encore une fois assez court, mais le prochain marque une nouvelle ère. L'ère de l'inspiration et l'envie de reprendre cette histoire, avec un scénario qui me plaît plus. En gros, la joie \o/ (parce que ça fait du bien d'être à nouveau inspirée et motivée)