Lorsqu’elle se réveilla, Nao se découvrit allongée sur une plaque de métal froide et terriblement inconfortable. Elle essaya de se lever, mais son corps entier était attaché à ce lit de fortune. Des sangles tenaient fermement ses poignets, ses chevilles, sa poitrine et ses hanches, elle ne pouvait pas faire le moindre mouvement. Elle essaya de hurler, mais seul un son étouffé se fit entendre. Sa bouche était couverte d’un bandeau qui l’empêchait de prononcer le moindre son, et l’empêchait de respirer correctement également.

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Elle essaya de se souvenir de ce qui s’était passé avant de sombrer dans les ténèbres. Elle était entrée dans le vortex et après plusieurs longues secondes, elle s’était retrouvée près d’une plage, bien différente de celles de son île natale. Ce n’était pas vraiment à cause du sable, il semblait plutôt similaire, non ; c’était à cause de ce qu’il y avait au-delà.

Des constructions. Comme celle qu’elle avait vu une heure auparavant sur l’île, mais celles-là étaient beaucoup plus imposantes, se fondaient beaucoup moins bien dans le décor. Il n’y avait presque pas de végétation ici, seulement quelques palmiers solitaires et bien tristes. Les arbres avaient été remplacés par des poteaux de métal auxquels des petits soleils pendaient, éclairant le tout.

Puis ils étaient là. Allongés sur le sable, quelques derniers touristes profitaient de la plage de nuit. D’autres se promenaient pieds nus, s’amusant à laisser les vaguelettes venir leur chatouiller les orteils. Ils étaient tellement étranges… Ils avaient la peau d’une couleur unie et pâle, sauf pour celui-là qui l’avait marron, mais loin du marron de Khanerm. Ils portaient des vêtements étranges également, de matières qu’elle ne pouvait reconnaître. Ils n’étaient de toute évidence pas comme elle. Qui étaient-ils ?

Elle se souvenait des cris de surprise quand ils l’avaient aperçue, et elle avait souri. Jusqu’à ce qu’ils s’approchent un peu trop, que quelqu’un se lance à l’eau pour venir l’attraper et la tirer vers la terre ferme. Peut-être qu’ils pensaient qu’elle se noyait. Elle se souvenait de celui qui avait tiré sur ses écailles pour s’assurer qu’elles étaient vraies, puis quelque chose avait piqué son bras, encore un de ces satanés moustiques, puis elle s’était endormie.

 

Elle n’entendait rien, hormis l’air qui entrait et sortait de ses narines de façon irrégulière, à cause du stress qui coulait dans les veines de l’hybride.

Elle se concentra sur ce qu’elle parvenait à voir. Au-dessus d’elle, le plafond était d’un blanc parfait, aveuglant. Lorsqu’elle tournait la tête, ce même blanc venait assaillir ses yeux. Tout était blanc, blanc, blanc, même la tunique affreuse dont elle était revêtue. Du coin de l’œil, elle pouvait distinguer un objet en métal, sans pour autant pouvoir y mettre un nom, ni même le voir dans son ensemble.

Puis un bruit, qui résonna dans la pièce, résonna dans son crâne, commença à enfoncer lentement un poignard dans sa tête. Le claquement qui suivit acheva l’acheminement de ce poignard à travers son crâne. Elle suffoqua.

- Allons, allons, chut, chut…

La panique la gagna plus encore. Une voix venait de se faire entendre, une voix qui parlait une langue inconnue, une voix terrifiante, qui lui glaçait le sang. C'était la première fois qu'elle entendait une voix autre que la sienne, et elle détestait ça. Elle s’agita, essayant vainement de voir la personne qui venait de dire ces mots, mais elle avait fait exprès de se mettre dans un coin que le regard de la créature ne pouvait atteindre. 

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La personne s’approcha. C’était un homme, plus ou moins âgé, avec des cheveux poivres et sel hirsutes, une barbe qui lui mangeait le visage et des yeux gris qui brillaient d’une lueur indéchiffrable. C’était la première fois que Nao voyait des yeux autres que ceux des pukòs, et ceux-là étaient… vides. Elle pouvait voir qu’ils essayaient de dire quelque chose, de transmettre une émotion, mais c’était en vain. Ils ne parvenaient pas à faire passer le moindre message. On pouvait juste y lire un vague sentiment de curiosité, et encore.

- Tiens, ceci devrait te calmer un peu.

Elle sentit quelque chose lui piquer le bras, mais ce n’était pas comme une piqure d’insecte, c’était plus douloureux, et un liquide froid se répandit dans son sang, s’y mélangea. Elle se démena plus fortement encore pour essayer de se libérer, mais c’était sans espoir. Ses forces commençait à la quitter et quelques minutes plus tard, elle tomba dans un sommeil artificiel et sans rêve.

 

Cette fois-ci, elle ne se réveilla pas allongée sur la plaque de métal. Elle pouvait le sentir, son corps était beaucoup plus confortablement installé, flottait même, entre deux eaux. Elle se trouvait dans l’eau. Le temps d’un instant, elle espéra qu’on l’eut remise dans l’océan, et qu’elle dormait entourée de son immensité, mais quand elle ouvrit les yeux, elle découvrit la pièce blanche. Comment de l’eau pouvait-elle se trouver dans cette pièce ?

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Elle comprit rapidement. L’eau était emprisonnée entre des parois transparentes, qui la retenaient par conséquent prisonnière. Elle frappa de toutes ses forces dessus, espérant briser le verre, mais la seule conséquence à ses coups étaient des échos.

L’homme fit son apparition dans son champ de vision, et elle lui hurla dessus, lui hurla de la laisser sortir, qu’elle ne lui avait rien fait, mais l’homme rit. Ses lèvres bougèrent, mais elle n’entendit rien. Ses oreilles étaient celles d’une mortelle, pas faites pour entendre sous l’eau. Et les yeux de cet homme ne parlaient pas.

Il faisait le tour de la cage de verre d’un pas lent, la détaillant du regard, observant sa queue qui battait furieusement l’eau, sa peau colorée, ses cheveux qui ondulaient, ses branchies qui s’ouvraient et se refermaient au gré de sa respiration. Il détaillait cette créature étrange qu’on appelait communément sirène, tout en lui posant des questions, mais elle ne semblait pas l’entendre.

Qui es-tu, lui demandait-il, d’où viens-tu, où vivent les autres membres de ton peuple ? Elle ne répondait rien. Qu’elle entendît ou non, elle ne parlait pas la même langue, de toute façon. Les mots qu’elle avait formulés dans ses hurlements lui étaient totalement inconnus.

 

Nao passa trois jours dans le minuscule aquarium où elle pouvait tenir soit en longueur, soit repliée sur elle-même. Puis l’homme pensa sûrement qu’il était temps pour elle de retourner dans son habitat naturel car on l’en sortit. Un sourire soulagé était dessiné sur son visage fatigué.

- Ikô, répétait-elle. Ikô, ikô.

Mais jamais elle n’aurait dû le remercier. Car il n’y avait aucune bonté dans cet homme, juste une soif de savoir et d’argent insatiable. Ce n’était pas dans l’océan qu’il l’emmenait. Mais dans une autre prison de verre.

Ils la lâchèrent au sommet de cette prison. Elle était profonde, et large, elle pourrait sans aucuns soucis se mouvoir librement, plus librement que dans son ancienne, mais cela restait une prison. Jamais elle ne pourrait s’en aller à l’autre bout du monde, prendre le vortex et retourner sur son île. Elle avait fait une terrible erreur en décidant de partir, elle aurait dû écouter Khanerm et ses recommandations. Les mortels n’étaient plus habitués à côtoyer des créatures. Ils en faisaient leurs prisonnières désormais, et Nao en était la première victime depuis des centaines d’années.

Elle n’était pas seule dans cette prison de verre, des centaines de poissons nageaient paisiblement. Il y en avait de toutes les espèces, de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes les tailles. Elle aperçut même plusieurs requins et quelques raies qui cohabitaient et nageaient en rond dans l’immense cylindre qu’était cet aquarium. C’était loin de ressembler à l’océan, mais c’était déjà beaucoup plus ressemblant et Nao s’y sentait déjà mieux que dans l’autre prison.

Les mortels qui avaient créé cet endroit l’avaient néanmoins bien fourni. Tout au fond, du sable foncé permettait à certaines espèces de poissons de s’y cacher, d’immenses algues formaient une petite forêt ondulante, d’énormes masses rocheuses trouées de toutes parts s’entendaient sur toute la hauteur de l’aquarium, des anémones et des coraux y vivaient, accrochés contre la roche. C’était joli, elle devait l’admettre, mais jamais ça ne vaudrait la beauté de l’océan.

Elle resta de longues minutes, là, flottant entre deux eaux, hagarde, tandis que les poissons qui cohabitaient maintenant avec elle venaient la frôler, sans vraiment se soucier d’elle.

Ce fut là qu’elle les vit.

Les centaines de paires d’yeux inexpressifs qui observaient les animaux de l’aquarium. Au-delà des parois de verre qui délimitaient la prison, des mortels se tenaient là, ébahis, armés d’étranges petits appareils qui créaient des flashs lumineux insupportables. Puis elle comprit. Ce n’était pas l’aquarium qu’ils fixaient avec tant de concentration, mais elle. Tous ces regards, tous ces flashs, ils lui étaient destinés.

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Même sans oreilles adaptées à l’eau, elle pouvait entendre la clameur qui s’élevait à l’extérieur de l’eau. Dans la foule de mortels, c’était la panique totale. Tous voulaient avoir la meilleure place pour la voir, prendre sa photo. Car c’était vrai. L’aquarium de Bridgeport avait capturé une sirène. Beaucoup avaient été sceptiques à la lecture de cet article qui annonçait la présentation d’une créature mystique et légendaire qu’on appelait sirène. Certains avaient cru à un canular, d’autres à une vaine action pour essayer d’attirer des clients dans cet aquarium qui n’intéressait plus grand monde. Mais c’était la vérité. Une sirène se tenait là, immobile, en plein milieu de grand aquarium cylindrique qui s’élevait sur les quatre étages du bâtiment. Sur les plateformes, les gens se bousculaient, rendus totalement fous à la vue de cette chose. Certains éternels sceptiques hurlèrent au canular, clamant que ce n’était qu’une femme à qui on avait flanqué une queue en silicone qui devait sans doute dissimuler une bouteille d’oxygène, mais la plupart des gens ne les écoutait pas et continuait à hurler et tenter d’avoir une photo, même floue, de la créature.

Nao hurla, dérangeant tous les poissons qui nageait jusqu’alors tranquillement. Elle hurla aux mortels de cesser leur agitation, cesser de la regarder, cesser de la poignarder de centaines de flashs. Elle hurla, hurla, hurla, mais ils ne semblaient pas l’entendre.


Et c'est ainsi que Nao découvrit la liberté /shot

BON sinon, c'est que mon talent pour créer des choses en sims correspond pas du tout à mon imagination, et ça me frustre. J'ai créé un aquarium un peu daubé comme j'ai pu, mais si vous voulez vous imaginer correctement à quoi le bordel ressemble, je pensais à un aquarium du genre : clique ici poto

Un gros truc cylindrique avec des plateformes autour en gros.

Je vais pas m'excuser pour le retard, ce chapitre est écrit depuis pas mal de temps, mais j'ai eu la joie d'être en période de partiels, gros dm de 6 pages, en allemand, parce que sinon c'est pas marrant, toutes ces joyeusetés désormais derrière moi car je suis en grandes vacances *^*