Il regardait avec horreur les dégâts de son expérience ratée. Où la barre de fer s’était tenue, deux trous énormes rongeaient la peau écaillée de la créature. Cette dernière était totalement inerte, et il craignit un instant qu’elle ne fut morte, mais la poitrine qui se relevait irrégulièrement indiquait qu’elle respirait toujours. Fort heureusement. Il s’en serait terriblement voulu de l’avoir tuée pour une telle expérience.

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Il l’allongea sur la table de métal, qui avait vu nombreuses de ses souffrances, et attendit, assis, les mains sur le visage, le moment où elle se réveillerait. Il murmurait des excuses, il n’avait jamais voulu lui infliger une telle souffrance, elle était sa protégée, jamais il ne lui ferait de mal ! Elle était le plus beau projet de sa carrière, il lui en était reconnaissant, et lui, il la remerciait en la tuant presque.

Elle n’était pas morte, cependant, et il pouvait toujours la sauver. Il devait la sauver. Les directeurs ne seraient vraiment pas contents de la savoir sans vie, et il ne voulait pas qu’une si belle créature meure, de sa main, en plus. Il lui administra tout d’abord des anti-douleur, et des anesthésiants, pour qu’elle arrête de bouger dans tous les sens sous l’effet de la douleur. Puis il s’occupa de ses jambes. Elles n’étaient vraiment pas belles à voir, et s’il n’avait pas été habitué à voir ce genre de blessures, il en aurait sans doute vomi. Il y appliqua de la pommade, doucement, d’un geste léger, qui fit néanmoins réagir la créature qui souffrait tellement que les médicaments ne pouvaient rien empêcher. Puis il n’y eut bientôt plus rien d’autre à faire que d’attendre. Ce qu’il fit, assis sur son fauteuil de bureau, observant le moindre mouvement de la créature.

 

Dehors, la tension était palpable. Les gardiens ne parvenaient plus à tenir les manifestants éloignés, la police avait été appelée, mais tardait à arriver. Ils avaient bien prévu leur coup et d’autres manifestants se trouvaient devant les locaux de la police, les empêchant de partir rejoindre le parc aquatique. Ça arrangeait grandement Sìden et son père. Plus les policiers prenaient du temps, plus il en aurait pour forcer les portes et entrer. Là, elle et lui partiraient à la recherche de Nao.

Les gardiens du parc furent rapidement pris de panique, face à autant de colère, et d’autres militants arrivèrent pour gonfler les rangs. Sìden était constamment balancée à droite à gauche, et peinait à rester accrochée à la main de son père. Elle avait peur de le perdre, mais s’ils quittaient la foule pour en éviter ses mouvements, ils ne pourraient pas rentrer une fois les portes brisées.

Enfin, la libération arriva. Les portes avaient cédé. Tout le monde hurlait de joie.

- Khanirm, les portes !

- Sìden ! Le khalyska, lui rappela-t-il, horrifié.

Mais les gens autour d’eux étaient tellement concentrés sur les portes enfin ouvertes qu’ils n’avaient pas prêté attention à cette petite fille qui parlait un étrange langage.

À l’intérieur, c’était le chaos. Les visiteurs fuyaient devant les militants, pourtant pacifiques, car ils voyaient leur tranquillité remise en question, et que des militants, même pacifiques, leur faisaient peur. Tout le personnel du parc se dirigeait en courant et hurlant vers le hall d’entrée, pour repousser les intrus, et Khanirm y vit l’occasion qu’il leur fallait.

- Sìden, vite.

Il n’y avait personne en dehors du hall maintenant. Les portes généralement fermées au public et gardées étaient laissées libres. Bientôt, ils se retrouvèrent dans les coulisses du parc, formées de couloirs blancs avec de nombreuses portes, qui donnaient vers des cabinets de vétérinaire, des aquariums où se reposaient des poissons fraîchement arrivés ou qui devaient rejoindre d’autres parcs et tout un tas d’autres salles qu’ils étaient incapables de décrire, pas habitués à en voir, dans leur monde de créatures.

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Mais aucune trace de Nao. Ils se doutaient qu’elle ne serait pas gardée dans une vulgaire salle comme celle-ci, que sa salle devait être mieux protégée et plus en retrait, plus difficile à trouver. Mais ils n’avaient pas le temps de chercher. Ils devaient faire vite, avant que les agitations du hall d’entrée ne soient stoppées par l’arrivée de la police, qui finirait bien par arriver.

Le père s’en remit alors à sa fille.

- Sìden, est-ce que tu la sens ?

Les sorcières n’étaient pas comme les métamorphes, qui eux avaient un odorat surdéveloppé, mais elles étaient tout de même des créatures, capables de sentir d’autres créatures, mieux que les maàs, qui étaient bien trop faibles pour ça.

La petite fille s’arrêta, ferma les yeux, concentrée. Elle sentait une faible présence fìrla, à droite.

- À droite, dit-elle alors.

Sìden les guidèrent alors jusqu’à une porte massive, au bout d’un immense couloir vide. Pas de doute, Nao était là-dedans. Mais comment entrer ? La porte était deux fois plus grosse que les autres, deux fois plus solide, aussi. Ils avaient vraiment pris toutes les précautions.

- Je peux essayer de l’ouvrir, déclara la fillette, sûre d’elle et de ses pouvoirs.

- Sìden, les sorcières sont bien trop faibles pour faire une telle chose et toi encore plus, tu es une enfant.

Il n’en savait pas vraiment grand-chose, honnêtement. Les limites des pouvoirs d’une sorcière avaient toujours été floues. Déjà, elles dépendaient de la sorcière elle-même, de ses descendantes et leur puissance. Mais même la plus puissante des sorcières ne pouvaient faire grand-chose avec ses pouvoirs. Hormis les Vanek, qu’on disait avoir une puissance en plus. Mais les Vanek n’existaient plus depuis longtemps.

Mais il ne voulait pas mettre son enfant face à un risque.

- Je veux essayer !

Il aurait dû s’en douter, cependant. Sìden était une enfant têtue et sûre d’elle. Il soupira, avant d’accepter.

- Mais dès que tu te sens trop faible, tu arrêtes, d’accord ? C’est moi qui m’occupe de nous ramener ensuite, ne t’en fais pas.

Elle hocha la tête et se plaça devant la porte, commença à se concentrer. Elle faisait comme on le lui avait appris à l’école, elle allait chercher son énergie au fond d’elle, la canalisait, la regroupait en un seul endroit, près de son cœur et la dirigea vers la porte. Il lui suffisait de manipuler l’air autour de la serrure pour qu’elle cède. Elle se sentait capable de le faire.

Elle avait mal, un peu partout, c’était dur d’ouvrir une porte, mais elle se forçait à ne pas le montrer. Si elle le montrait, Khanirm voudrait arrêter et s’ils arrêtaient, ils ne pourraient pas sauver Nao.

Puis enfin, elle sentit la serrure céder de plus en plus à ses pouvoirs et un petit sourire traversa son visage. Elle se sentait faible, mais elle y parvenait.

Khanirm observait sa réussite avec fierté. Il n’aurait pas dû douter. Après tout, la mère de cette petite avait été puissante, elle aussi.

La porte s’ouvrit finalement, et Sìden tomba à terre, inconsciente. Pris de panique, le père se rua sur elle pour s’assurer qu’elle allait bien. Son cœur battait normalement. Elle avait juste besoin de repos, ce qu’elle aurait dès qu’ils seraient de retour chez eux. Il devait récupérer Nao le plus vite possible, et espérer qu’il serait capable de voyager entre les mondes. C’était une magie qu’il ne maîtrisait pas aussi bien qu’il le prétendait.

Sa fille dans ses bras, il attrapa la poignée de la porte. Il ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. Nao serait dans cette pièce, pour sûr, mais elle ne serait peut-être pas facile à atteindre, il y aurait peut-être des gardes armés aussi, des gardes du corps qui sait.

Ce fut beaucoup plus simple que tout ce qu’il avait pu s’imaginer. Nao se trouvait au bout de la pièce, allongée sur une table, même pas attachée. Elle semblait inconsciente elle aussi. Et il n’y avait qu’une seule autre personne avec elle dans la pièce. Un vieil homme en blouse blanche, assis sur un fauteuil, l’air totalement dépité. La panique gagna Khanirm, qui lança un second coup d’œil vers la naïade. Elle était peut-être morte, vu la mine du scientifique. Pourvu qu’ils ne soient pas arrivés trop tard.

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- Eh, que faites-vous là ? Comment êtes-vous entrés ?

L’homme s’était levé quand il s’était aperçu que deux intrus se trouvaient avec lui dans la pièce. Il remarqua le regard que portait l’autre sur la naïade. Il regardait ses jambes. Et merde, lui seul devait savoir.

- Eh, allez-vous-en ! hurla-t-il en s’approchant d’eux dangereusement.

Khanirm se décala, fit le tour du bassin au milieu de la pièce, tout en s’assurant que le scientifique restait de l’autre côté. S’il parvenait ne serait-ce qu’à toucher la créature, ils étaient sortis d’affaire.

Mais Sìden commençait à peser, dans ses bras. Inconsciente, elle ne pouvait s’accrocher à lui et soutenir un peu de son propre poids. Tout reposait sur le bras droit sur bras.

Il se prépara mentalement à procéder au voyage. Son plan était d’aller à Maashì, puis de retourner chez eux, dans le village perdu dans les collines du nord. Le voyage entre les mondes n’étant pas de la téléportation, ce serait tout comme. Il lui suffisait simplement de toucher Nao.

- Eh, ne vous approchez pas !

Il se mit à courir. Tant pis pour la sécurité. Il n’arriverait pas à garder le scientifique éloigné. Il devait courir et espérer être le premier à atteindre la naïade.

Il attrapa son pied. La créature se réveilla soudainement en hurlant, et le laboratoire disparut.


Hello tout le monde !

Alors, je sais, ça fait un bout de temps qu'il n'y a rien eu par ici et je m'en excuse. Disons que le concept d'une histoire narrée après le legacy commence à vraiment s'essoufler et autant le dire, ça ne m'éclate plus du tout.

C'est pourquoi je vous propose une surprise dès le 3 janvier ! (oui, je tease de ouf)

Allez, tchou !

(et prochain et dernier chapitre la semaine prochaine aussi)