Nao resta dans un sommeil agité et fiévreux pendant quatre jours. Khanirm avait veillé sur elle tout ce temps, accompagné de Sìden, quand cette dernière se remit de son utilisation trop forte de ses pouvoirs. À son réveil, la petite fille avait immédiatement demandé à son père de lui raconter ce qu’il s’était passé ensuite, puis elle était allée le raconter à tout le village, fière d’elle. Beaucoup de créatures avaient voulu venir voir la naïade sauvée, qu’on disait avoir des jambes, mais Khanirm avait refusé, tant qu’elle ne serait pas remise. Seule une personne avait eu le droit de venir et ce fut la sorcière chargée de l’apothicairerie, Tùir. Elle connaissait toutes les plantes médicinales et quand il fallait les utiliser exactement. Elle parvint à apaiser les fièvres de Nao, ainsi que ses douleurs aux jambes. Tùir avait envisagé de les amputer, mais la pommade que lui avait donné Dimitri avait fait son effet et sauvegardé ses jambes. Elle s’était d’ailleurs demandé comment une naïade pouvait avoir des jambes et les avait étudiées, de façon plus éthique que le scientifique de Bridgeport, cependant.

On était allé interroger les naïades du coin, celle qui avaient la peau translucide et les cheveux blancs, et elles avaient toutes répondu qu’elles ne savaient pas comment une telle chose était possible. Elles leur avaient cependant dévoilé que selon une très vieille légende, les naïades avaient un jour eu des jambes et que leurs queues s’étaient développées lors du massacre notamment. Mais plus aucune naïade du massacre n’était encore vivante, désormais, et les créatures de Maashì étaient des créatures des forêts, qui n’avaient jamais côtoyé les côtes.

Et enfin, Nao se réveilla. C’était Sìden qui veillait sur elle à ce moment-là et l’enfant appela son père immédiatement quand la naïade ouvrit doucement les yeux, blessée par la luminosité.

Les battements de son cœur s’accélérèrent quand elle se rendit compte qu’elle ne se trouvait ni dans la chambre blanche, ni dans le bassin. Elle se releva brusquement, ne faisant pas attention à ses jambes qui n’avaient pas complètement guéri et retint un cri.

- Eh eh eh, calme, calme, la rassura Khanirm en se ruant dans la chambre où ils gardaient la naïade allongée depuis plusieurs jours.

Nao tourna la tête vers lui, affolée. Cet homme, il… il parlait lui aussi, mais pas cette langue qu’elle ne connaissait pas, il parlait sa langue à elle, quelqu’un parlait la même langue qu’elle, elle pouvait enfin comprendre et être comprise ! Elle remarqua la fillette à ses côtés, tout sourire. Elle la reconnut. C’était l’enfant fìrla qui était venue un jour au bassin. Elle se détendit un peu.

- Où… où suis-je ? parvint-elle à dire faiblement, la voix totalement cassée.

- En sécurité, dans un village de créatures, que les mortels ne connaissent pas. Ils ne viendront pas te chercher ici, expliqua du mieux qu’il le pouvait Khanirm.

- Je m’appelle Sìden ! s’exclama alors l’enfant, ravie d’enfin pouvoir lui dire son nom.

- Et moi Nao, lui répondit la naïade.

- C’est un drôle de nom pour une naïade ! s’amusa la fillette.

Nao était l’eau douce, alors que les naïades étaient des créatures de naï, l’eau salée. Amusant. Nao sourit. C’était un réel plaisir de pouvoir enfin parler et d’être comprise.

- Comment tu te sens ? s’enquit le père qui avait comme priorité de s’assurer de la bonne santé de la naïade.

- J’ai terriblement mal aux jambes, gémit-elle.

- C’est parce que le monsieur te les a détruites ! lui dit Sìden, sans vraiment se soucier de la portée de ses paroles.

- Sìden !

La petite fille baissa la tête, comprenant soudainement son erreur. L’horreur se dépeignait sur le visage de Nao. D’une main tremblante, elle s’empara du drap qui recouvrait le bas de son corps et le retira lentement. Khanirm ferma les yeux, attristé et soupira longuement, tandis que la naïade découvrait ce qu’il restait de ses cuisses. Deux immenses trous les mangeaient de l’intérieur, rendant sa peau noirâtre, elle qui était pourtant si colorée normalement. Vivement, elle remit le drap dessus, incapable de supporter d’avantage la vue. 

 

Elle se remit à marcher, éventuellement, après plusieurs semaines de longue rééducation. Le moindre pas la faisait souffrir. Durant ces semaines de convalescence, elle raconta également sa vie, comment elle avait toujours eu des jambes, enfant, et qu’elle avait découvert sa nature de naïade à l’adolescence, quand elle s’était un peu trop éloignée de la forêt pour tomber sur l’océan, l’eau salée. Elle était une hybride, comme Khanirm l’avait prédit, mais le mystère restait néanmoins entier. On n’avait jamais vu une naïade donner naissance à un enfant, mais Nao n’avait aucune réponse à ça. Elle n’avait jamais connu ses parents, ni sa mère, ni son père. Tout ce qu’elle avait connu come figure parentale était les pukòs.

- Pardon ? la coupa Khanirm.

- Les pukòs. Ce sont eux qui m’ont recueillie et élevée.

- Les pukòs n’existent plus depuis des centaines d’années.

- Non, vous vous trompez, ils se sont juste cachés dans les forêts. Ils sont invisibles à ceux dont ils n’ont pas envie d’être vus !

Cette fille remettait en cause absolument tout ce qu’on savait du monde. D’abord, elle était une naïade avec des jambes, ensuite, elle avait été élevée par des pukòs, créatures qu’on pensait éteintes depuis des centaines d’années. Certains pùcas n’aimèrent pas ce qu’elle disait. Ils étaient censés descendre des pukòs, mais comment l’auraient-ils pu si ces derniers vivaient toujours ?

Puis vint le jour où Nao put de nouveau marcher de longues distances. Elle décida le jour-même d’aller jusqu’à l’océan. Elle était guérie, il était désormais temps pour elle de retourner chez elle, sur l’île introuvée. Elle aimait beaucoup cet endroit, où quelques créatures vivaient dans le même monde que celui les mortels sans les côtoyer. Elle y avait fait la connaissance de sorcières, de maas, de pùcas, de nombreux hybrides, elle avait même vu une selkie qui avait perdu son manteau depuis des années maintenant et qui avait fini par d’habituer à la vie terrestre.

Elle aimait cet endroit paisible où tous vivaient en harmonie et où chacun avait son rôle. Cette sorcière-là enseignait aux enfants. Celle-là s’occupait des cultures. Ce maa fabriquait des vêtements. Un autre prenait soin des malades. Mais Nao n’avait pas sa place ici. Sa place était près de Khanerm. Elle lui manquait terriblement.

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L’océan s’étendait à l’infini devant elle. Au loin, des têtes blanches sortaient de l’eau. D’autres naïades, radicalement différentes d’elle, cependant. Elle les salua d’un signe de main. Il lui tardait d’aller les rejoindre.

Elle se tourna vers ses sauveurs. Sìden était sur le point d’éclater en sanglots. Elle appréciait vraiment la naïade, elle avait appris à la connaître, et la voir partir lui fendait le cœur. Elle était devenue une véritable amie pendant ces quelques semaines.

- Merci pour tout, leur dit-elle. Et merci à toi Sìden, tu vas me manquer.

La fillette ravala difficilement un sanglot. Elle se rua sur la naïade et l’enlaçant jusqu’à presque l’étouffer. Finalement, elle pleura. Mais personne ne lui en tint compte. C’était une enfant après tout.

Puis Nao mit un premier pied dans l’eau. Suivi d’un deuxième. Elle avança lentement, jusqu’à ce que l’eau touche le bas de son ventre. Mais rien ne se passait. Pourquoi rien ne se passait-il ? Elle s’immergea totalement, mais ses jambes refusaient de se transformer. Sur la rive, le père et la fille commencèrent à s’inquiéter.

Nao nagea un moment, paniquée. Puis elle retourna sur la terre ferme, où elle s’effondra, ses jambes atrophiées baignant dans l’eau salée. Elle frappait dessus avec force, les forçait à se coller, peut-être qu’elles se transformeraient ainsi, mais rien, rien, rien. Et elle les frappait, encore, toujours, les maudissait, leur hurlait dessus, mais rien, toujours rien, elles restaient juste deux jambes.

Elle hurla. L’ultime expérience l’avait détruite. Elle n’était plus une naïade. 


Et voilà, cet ultime chapitre met fin à cette histoire démarée y'a pas mal de temps maintenant. J'aimais beaucoup l'idée, de base, et j'aurais voulu savoir l'écrire correctement, mais malheureusement, j'ai eu un énorme bloquage, c'est pour ça d'ailleurs que j'ai mis plus de deux ans à l'écrire, alors qu'il n'y a que 19 chapitres...

Bref, j'espère que ça vous aura plu un peu quand même, et je reviens très bientôt (mercredi, pour être exacte), sur ce même blog, avec la surprise \o/

Kiss

PS : de base, cette histoire narrée après le legacy devait servir à développer le monde des créatures, mais vu que j'arrête, je ferais sans aucun doute des histoires un peu annexes pour développer tout ça, je tiens au courant, et si ça arrive, ce sera sur le blog du déséquilibre (qu'il faudrait que je màje, d'ailleurs)